Un virage structurel dans la gestion du Programme des étudiants étrangers
Le 25 novembre 2025, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a dévoilé les attributions provinciales et territoriales pour 2026 dans le cadre du plafond national d’étudiants étrangers, un mécanisme introduit en 2024 pour freiner la croissance rapide de la population temporaire.
En seulement deux ans, cette politique a transformé la gestion des permis d’études au Canada. Le nombre de titulaires de permis actifs est passé de plus d’un million en janvier 2024 à environ 725 000 en septembre 2025, soit une baisse de 28 %.
Pour 2026, le gouvernement fédéral fixe un objectif national de 408 000 permis d’études — incluant les nouveaux arrivants et les prolongations —, une réduction de 7 % par rapport à 2025 et de 16 % comparativement à 2024.
Ce resserrement vise à ramener la proportion de population temporaire à moins de 5 % de la population totale du Canada d’ici la fin de 2027, tout en maintenant la capacité du pays à attirer les meilleurs talents internationaux.
Ce nouvel équilibre, délicat mais nécessaire, marque une réorientation historique de la politique canadienne d’immigration étudiante.
1. Contexte : pourquoi un plafond d’étudiants étrangers ?
L’instauration du plafond national en 2024 répondait à plusieurs constats préoccupants :
- Une explosion du nombre d’étudiants étrangers (+50 % entre 2019 et 2024) ;
- Une pression accrue sur le logement et les services publics dans les grandes villes (Toronto, Vancouver, Montréal) ;
- Des écarts de qualité entre les établissements d’enseignement désignés (EED) ;
- Et des cas d’exploitation de travailleurs étudiants vulnérables.
En limitant le nombre de demandes de permis d’études que l’IRCC traite chaque année, le Canada cherche à assurer la durabilité de son système migratoire, tout en protégeant l’intégrité du programme et favorisant la qualité plutôt que la quantité.
2. Objectifs pour 2026 : 408 000 permis d’études
Selon le Plan des niveaux d’immigration 2026-2028, IRCC prévoit de délivrer :
- 155 000 nouveaux permis d’études à des étudiants étrangers arrivants ;
- 253 000 prolongations de séjour pour des étudiants déjà présents ou revenant au pays.
Cela représente un objectif total de 408 000 permis, répartis en quatre grandes cohortes :
| Cohorte d’étudiants | Exigence de LAP/LAT | Objectif 2026 |
|---|---|---|
| Étudiants à la maîtrise et au doctorat dans des EED publics | Exemptés | 49 000 |
| Élèves du primaire et du secondaire (maternelle à 12e année) | Exemptés | 115 000 |
| Autres groupes exemptés (prioritaires et vulnérables) | Exemptés | 64 000 |
| Demandeurs nécessitant une LAP/LAT | Obligatoire | 180 000 |
| Total national | — | 408 000 |
Ainsi, environ 44 % des étudiants étrangers seront soumis à une lettre d’attestation provinciale ou territoriale (LAP/LAT), un document introduit en 2024 pour contrôler la répartition régionale des admissions.
3. Nouveautés 2026 : des exemptions ciblées pour les étudiants de cycles supérieurs
À compter du 1er janvier 2026, les étudiants inscrits à la maîtrise et au doctorat dans un établissement public désigné seront exemptés de l’obligation de fournir une LAP/LAT.
Cette mesure vise à favoriser la recherche, l’innovation et la rétention de talents hautement qualifiés, tout en simplifiant le processus pour les universités canadiennes.
Groupes exemptés de LAP/LAT :
- Étudiants à la maîtrise et au doctorat dans un EED public.
- Élèves du primaire et du secondaire (maternelle à la 12e année).
- Cohortes prioritaires et groupes vulnérables reconnus par le gouvernement (ex. réfugiés, boursiers internationaux).
- Étudiants existants prolongeant leur permis au même établissement et au même niveau d’études.
Cette approche vise à concentrer le contrôle administratif sur les niveaux collégial et postsecondaire inférieur, souvent les plus sujets à la surreprésentation et à la spéculation immobilière.
4. Répartition provinciale et territoriale : un partage équitable sous plafond
En 2026, 180 000 permis d’études devront être délivrés à des étudiants soumis à une LAP/LAT, selon un système de quotas provinciaux et territoriaux.
Les cibles sont établies en fonction :
- du poids démographique de chaque province,
- de leur capacité d’accueil universitaire et collégiale,
- et du taux d’approbation moyen des demandes de 2024 et 2025.
Répartition par province et territoire (cibles de permis d’études 2026)
| Province ou territoire | Objectif (permis délivrés) | Poids approximatif |
|---|---|---|
| Ontario | 70 074 | 38,9 % |
| Québec | 39 474 | 21,9 % |
| Colombie-Britannique | 24 786 | 13,7 % |
| Alberta | 21 582 | 12 % |
| Manitoba | 6 534 | 3,6 % |
| Saskatchewan | 5 436 | 3 % |
| Nouvelle-Écosse | 4 680 | 2,6 % |
| Nouveau-Brunswick | 3 726 | 2,1 % |
| Terre-Neuve-et-Labrador | 2 358 | 1,3 % |
| Île-du-Prince-Édouard | 774 | 0,4 % |
| Yukon | 198 | 0,1 % |
| Territoires du Nord-Ouest | 198 | 0,1 % |
| Nunavut | 180 | <0,1 % |
| Total national | 180 000 | 100 % |
👉 Fait marquant : l’Ontario conserve la plus grande part (près de 40 %), suivie du Québec (22 %) et de la Colombie-Britannique (14 %).
Attributions administratives totales (demandes acceptées au traitement par IRCC)
| Province ou territoire | Attributions 2026 (demandes à traiter) |
|---|---|
| Ontario | 104 780 |
| Québec | 93 069 |
| Colombie-Britannique | 32 596 |
| Alberta | 32 271 |
| Manitoba | 11 196 |
| Saskatchewan | 11 349 |
| Nouvelle-Écosse | 8 480 |
| Nouveau-Brunswick | 8 004 |
| Terre-Neuve-et-Labrador | 5 507 |
| Île-du-Prince-Édouard | 1 376 |
| Territoires du Nord-Ouest | 785 |
| Yukon | 257 |
| Nunavut | 0 |
| Total national | 309 670 |
Ces 309 670 places représentent le nombre maximum de demandes de permis d’études que l’IRCC acceptera pour traitement dans les catégories nécessitant une LAP/LAT.
Chaque province devra ensuite répartir ces quotas entre ses établissements d’enseignement désignés (EED).
5. Impacts régionaux : vers une répartition plus équilibrée des étudiants
🏙️ Ontario et Québec : les géants du système
- Ensemble, ces deux provinces accueillent près de 60 % des étudiants étrangers.
- Leurs quotas 2026 reflètent une volonté de ralentir la croissance, surtout à Toronto et Montréal, où la pression sur le logement et les services atteint un sommet.
🌲 Provinces de l’Ouest : stabilisation
- L’Alberta et la Colombie-Britannique voient leurs plafonds légèrement réduits pour contenir la demande.
- Cependant, la Colombie-Britannique bénéficie d’une forte présence d’universités de recherche (UBC, SFU), favorisant les exemptions au niveau maîtrise/doctorat.
🌾 Prairies et Atlantique : maintien ou légère hausse
- Le Manitoba et la Saskatchewan obtiennent des quotas raisonnables, soutenant leur stratégie de décentralisation éducative.
- Les provinces atlantiques (N.-É., N.-B., T.-N.-L.) conservent des marges d’accueil pour attirer de nouveaux talents internationaux dans leurs universités et collèges régionaux.
❄️ Territoires nordiques : peu d’impact
- Le Nunavut ne reçoit aucune attribution (aucun EED postsecondaire désigné).
- Le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest maintiennent des quotas symboliques, reflétant leur taille démographique.
6. Les grandes tendances à surveiller en 2026
1. Réduction contrôlée du flux global
Le nombre total de permis délivrés chute de 485 000 (2024) à 408 000 (2026).
Cette baisse graduelle permet une transition ordonnée, sans freiner brutalement les admissions universitaires.
2. Priorité aux programmes de haute valeur
Les programmes de cycles supérieurs (maîtrise, doctorat) sont clairement valorisés : ils ne seront plus soumis à la LAP/LAT et bénéficieront d’un traitement prioritaire.
3. Responsabilisation accrue des provinces
Chaque province doit désormais gérer son allocation interne, en s’assurant que les établissements :
- respectent les conditions du permis d’études,
- garantissent un logement adéquat,
- et offrent un encadrement réel aux étudiants.
4. Soutien aux étudiants vulnérables
Les cohortes humanitaires, réfugiées ou boursières demeurent protégées par une exemption, confirmant l’approche éthique et inclusive d’IRCC.
7. Impacts économiques et sociaux
🔹 Pour le Canada :
- Stabilisation du nombre d’étudiants étrangers, réduisant la pression sur les logements urbains ;
- Recentrage sur la qualité académique et l’innovation ;
- Meilleure intégration des étudiants dans le marché du travail post-diplôme.
🔹 Pour les provinces :
- Incitation à mieux planifier les admissions internationales ;
- Nécessité de négocier les allocations entre universités et collèges ;
- Potentiel de redéploiement des étudiants vers les régions moins saturées.
🔹 Pour les étudiants :
- Processus d’admission plus sélectif ;
- Nécessité de planifier tôt, surtout pour les programmes collégiaux ;
- Avantage accru pour les programmes de maîtrise et de doctorat (moins de contraintes administratives).
8. Une politique d’équilibre : qualité, innovation et durabilité
Le message d’IRCC est clair :
« Nous voulons maintenir la contribution exceptionnelle des étudiants étrangers tout en assurant la durabilité de notre système d’immigration. »
Cette réforme n’est pas une fermeture, mais une rationalisation.
Le Canada demeure l’un des pays les plus accueillants au monde pour les étudiants internationaux, mais la priorité va désormais à :
- l’excellence académique,
- la cohérence provinciale,
- et la viabilité sociale à long terme.
9. FAQ – Plafond d’étudiants étrangers 2026
1. Qu’est-ce que la LAP/LAT ?
La Lettre d’attestation provinciale ou territoriale confirme qu’une place d’étude est disponible dans la province et compte dans son quota. Elle est obligatoire pour certains programmes postsecondaires.
2. Qui est exempté de la LAP/LAT ?
Les étudiants de maîtrise, doctorat, du primaire et secondaire, les prolongations de permis au même niveau, et certaines cohortes prioritaires.
3. Pourquoi le Canada réduit-il les permis d’études ?
Pour réduire la pression sur les infrastructures et assurer un meilleur encadrement des étudiants étrangers, tout en stabilisant la population temporaire.
4. Est-ce que cette mesure touche les étudiants déjà au Canada ?
Non, ceux qui prolongent leur permis au même établissement sont exemptés.
5. Quelle province reçoit le plus grand nombre de permis ?
L’Ontario, avec 70 074 permis, suivie du Québec (39 474) et de la Colombie-Britannique (24 786).
6. Que se passe-t-il si une province dépasse son quota ?
IRCC refusera de traiter les nouvelles demandes dépassant le plafond fixé.
7. Les programmes privés sont-ils touchés ?
Oui, surtout les programmes postsecondaires privés, qui doivent désormais obtenir une LAP/LAT pour leurs étudiants internationaux.
8. Comment cela affectera-t-il les universités ?
Les universités publiques verront une priorisation des cycles supérieurs, mais devront mieux gérer les admissions de premier cycle.
Conclusion : un recentrage stratégique vers la durabilité
Les attributions provinciales et territoriales de 2026 marquent une nouvelle ère pour l’immigration étudiante au Canada.
L’objectif n’est plus la croissance à tout prix, mais l’équilibre entre accueil, qualité et durabilité.
En valorisant les programmes de recherche, en outillant les provinces, et en protégeant les étudiants vulnérables, le Canada s’assure de demeurer une destination d’excellence académique tout en respectant ses engagements démographiques.
Les étudiants étrangers continueront de jouer un rôle clé dans le développement du pays — mais dans un système mieux régulé, plus équitable et plus durable.



