Une pause nécessaire ou une déception pour la communauté du parrainage ?
Le 21 novembre 2025, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a annoncé la prolongation de la suspension du parrainage privé de réfugiés par les groupes de cinq et les répondants communautaires jusqu’au 31 décembre 2026.
Cette décision, qui prolonge une mesure instaurée le 29 novembre 2024, vise à résorber un important arriéré de dossiers accumulés dans le Programme de parrainage privé des réfugiés (PPPR).
Pour de nombreuses familles canadiennes, groupes religieux ou associations locales, cette annonce est un choc. Depuis des décennies, ces répondants jouent un rôle essentiel dans l’accueil de réfugiés fuyant des conflits ou des persécutions. La suspension prolongée soulève donc une question cruciale : le Canada, longtemps reconnu comme un leader mondial en matière de réinstallation, ralentit-il son élan humanitaire ?
Avant de répondre, examinons les faits, les raisons officielles, les impacts réels et les perspectives d’avenir pour le parrainage privé au Canada.
Comprendre le Programme de parrainage privé des réfugiés (PPPR)
Créé en 1979 en réponse à la crise des réfugiés d’Indochine, le PPPR permet aux citoyens et résidents permanents du Canada de parrainer des réfugiés vivant à l’étranger. Les parrains s’engagent à fournir un soutien financier, social et émotionnel pendant la première année d’installation.
Trois principales catégories de répondants :
Signataires d’entente de parrainage (SEP)
→ Ce sont des organisations reconnues par IRCC (souvent des ONG ou institutions religieuses).
→ Ils ont une entente officielle avec le gouvernement fédéral et peuvent présenter des demandes en continu.Groupes de cinq (G5)
→ Cinq citoyens ou résidents permanents du Canada qui se regroupent pour parrainer une ou plusieurs personnes réfugiées.
→ Ce volet est particulièrement populaire dans les petites communautés.Répondants communautaires (RC)
→ Des organismes ou associations non signataires d’entente qui souhaitent parrainer un réfugié, souvent pour répondre à des besoins locaux.
Les G5 et RC représentent la dimension la plus citoyenne du programme. Or, ce sont justement ces deux volets qui demeurent suspendus jusqu’en 2026.
Pourquoi IRCC a-t-il prolongé la suspension jusqu’en 2026 ?
Selon le communiqué officiel du 21 novembre 2025, IRCC justifie la prolongation par la forte demande et l’arriéré considérable de dossiers à traiter.
1. Un volume record de demandes
Depuis la pandémie et les crises internationales (Afghanistan, Ukraine, Soudan, Gaza), le Canada a vu exploser les demandes de parrainage privé.
Entre 2022 et 2024, plus de 60 000 réfugiés ont été proposés pour parrainage, soit près du double de la capacité annuelle de traitement.
🔹 Selon les données d’IRCC, plus de 30 000 demandes étaient encore en attente fin 2024.
2. Des délais de traitement devenus insoutenables
Les délais moyens pour les parrainages de réfugiés privés peuvent atteindre 36 à 48 mois selon le bureau des visas. Cette situation provoque des attentes douloureuses pour les familles réfugiées, souvent bloquées dans des camps ou des pays tiers.
3. Une stratégie pour “rétablir l’équilibre”
IRCC explique vouloir :
prioriser le traitement des demandes existantes,
améliorer le système numérique du PPPR,
et moderniser les critères d’admissibilité avant la réouverture.
Cette pause vise donc, selon le ministère, à « assurer la durabilité du programme à long terme » et à « garantir une expérience équitable pour tous les parrains ».
Impacts de la suspension sur les groupes de cinq et les répondants communautaires
1. Une frustration palpable au sein des communautés locales
De nombreuses paroisses, associations et familles qui s’étaient préparées à parrainer une famille réfugiée se retrouvent bloquées.
Certaines avaient même collecté des fonds ou obtenu des appuis municipaux avant l’annonce de la suspension.
« Nous avions tout prêt : le logement, les dons, le réseau d’accueil. Apprendre que nous devons attendre encore un an ou plus est dévastateur », confie Marie G., membre d’un groupe de cinq à Trois-Rivières.
2. Une perte de momentum humanitaire
Le modèle canadien repose sur la mobilisation citoyenne. En suspendant deux volets du PPPR, certains craignent un essoufflement de l’engagement communautaire.
Les jeunes bénévoles ou associations qui s’étaient récemment formés risquent de se détourner vers d’autres causes.
3. Inégalités entre types de répondants
Les signataires d’entente de parrainage (SEP) peuvent continuer à soumettre des demandes, ce qui crée une différence d’accès.
De petites communautés non affiliées à un SEP se sentent désavantagées, notamment dans les régions rurales où les G5 sont souvent la seule option.
Le traitement des demandes déjà soumises : que faut-il savoir ?
Même si les nouvelles demandes sont suspendues, les dossiers déposés avant le 29 novembre 2024 continuent d’être traités.
Les points à retenir :
IRCC confirme que toutes les demandes reçues avant la suspension seront traitées.
Les délais pourraient encore varier selon la région du réfugié et la charge de travail du bureau des visas.
Les répondants peuvent suivre l’état de leur dossier via le Portail des répondants d’IRCC.
Aucune action n’est requise des parrains, sauf si IRCC demande des mises à jour ou des documents additionnels.
En parallèle, le Canada continue de réinstaller des réfugiés via :
le programme des signataires d’entente,
le programme mixte des réfugiés désignés par le HCR et parrainés par le secteur privé (RDP-PSP),
et le programme gouvernemental de réinstallation (GAR).
Une vision plus large : moderniser le PPPR avant 2027
Le gouvernement a clairement indiqué que cette suspension servira à moderniser le cadre du parrainage privé.
Parmi les pistes évoquées (selon les consultations publiques et les notes d’information d’IRCC) :
Numérisation complète du processus (portail en ligne unifié, formulaires simplifiés).
Critères de capacité financière harmonisés pour éviter les erreurs fréquentes.
Formation obligatoire des parrains afin d’assurer un accompagnement adéquat des réfugiés.
Meilleure coordination avec le HCR et les ONG internationales pour cibler les cas prioritaires.
Réduction des délais de traitement à moins de 24 mois d’ici 2027.
Ces réformes visent à préserver l’esprit du programme tout en l’adaptant à un contexte migratoire mondial en constante évolution.
Réactions des acteurs du secteur
Les organismes de défense des réfugiés
Des associations comme Refugee Hub, Citizens for Public Justice ou le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR) reconnaissent la nécessité de moderniser le programme, mais déplorent une absence de calendrier clair pour la réouverture.
« Nous comprenons les contraintes administratives, mais une suspension prolongée risque d’éroder la confiance et la mobilisation citoyenne », a indiqué Danielle Grondin, porte-parole du CCR.
Les signataires d’entente (SEP)
Certaines grandes organisations, comme l’Église Unie du Canada ou l’Archidiocèse de Toronto, continuent leurs activités, mais s’inquiètent de la pression accrue sur leurs ressources, puisque de nouveaux parrains individuels ne peuvent pas présenter de dossiers.
Le gouvernement fédéral
IRCC insiste sur le fait que cette mesure est temporaire et que le Canada restera un chef de file mondial en matière de réinstallation de réfugiés, avec des objectifs annuels ambitieux :
51 000 réfugiés réinstallés en 2025,
55 000 prévus pour 2026,
selon le Plan des niveaux d’immigration 2025-2027 publié le 1er novembre 2025.
Les perspectives pour les répondants après 2026
1. Réouverture progressive possible en 2027
Selon des sources internes d’IRCC, la réouverture des volets G5 et RC pourrait se faire de manière graduelle à partir de janvier 2027, avec :
des quotas annuels limités,
un système de loterie ou de fenêtres de dépôt pour éviter la surcharge.
2. Partenariats renforcés avec les SEP
Les groupes de citoyens pourraient, d’ici là, collaborer avec un signataire d’entente existant, leur permettant ainsi de soumettre des demandes indirectement.
3. Maintien de l’esprit communautaire
Plusieurs organisations locales choisissent d’utiliser cette période pour :
former de nouveaux parrains,
collecter des fonds,
préparer les futurs accueils.
FAQ : Suspension du parrainage de réfugiés au Canada
1. Pourquoi le Canada a-t-il suspendu les parrainages de groupes de cinq ?
Pour réduire l’arriéré des demandes déjà reçues et améliorer le système. La suspension évite d’aggraver les délais et permet à IRCC de moderniser le programme.
2. Jusqu’à quand la suspension est-elle en vigueur ?
Jusqu’au 31 décembre 2026, selon l’annonce officielle du 21 novembre 2025.
3. Puis-je toujours parrainer un réfugié par un autre moyen ?
Oui. Les signataires d’entente de parrainage (SEP) et les programmes mixtes (RDP-PSP) demeurent ouverts.
4. Que deviennent les demandes déjà soumises avant 2024 ?
Elles continuent d’être traitées. Les répondants recevront des mises à jour par le portail IRCC.
5. Le Canada arrête-t-il d’accueillir des réfugiés ?
Non. Le pays continue d’accueillir plus de 50 000 réfugiés par an selon le plan des niveaux d’immigration.
6. Que puis-je faire en attendant la réouverture ?
Vous pouvez vous associer à un SEP, suivre les formations pour parrains, ou préparer votre plan de soutien financier et communautaire.
7. Les réfugiés parrainés sont-ils toujours admissibles aux services d’installation ?
Oui, tous les réfugiés parrainés bénéficient des services d’aide à l’intégration financés par IRCC (logement, emploi, formation linguistique).
8. La suspension pourrait-elle être prolongée au-delà de 2026 ?
Rien n’est exclu, mais IRCC indique vouloir réouvrir en 2027 après la modernisation du programme.
9. Quels pays d’origine sont les plus concernés ?
Les réfugiés originaires d’Afghanistan, Syrie, Soudan, Érythrée et RDC représentent la majorité des dossiers G5 en attente.
10. Où suivre les mises à jour officielles ?
Sur le site d’IRCC (section “Nouvelles et avis”) ou via le Conseil canadien pour les réfugiés.
Conclusion : une pause stratégique pour mieux rebâtir
La suspension du parrainage de réfugiés au Canada jusqu’en 2026 peut être perçue à la fois comme une pause frustrante et une opportunité de réforme.
Si elle freine temporairement l’élan citoyen, elle pourrait à terme renforcer l’efficacité, la transparence et la durabilité du PPPR.
Le Canada demeure un pays phare en matière d’accueil humanitaire, et cette période de transition doit servir à consolider les bases d’un système plus moderne, équitable et résilient.
Les répondants sont invités à rester mobilisés, informés et prêts à agir dès la réouverture.



