Introduction : le rêve canadien suspendu à trois jours de retard
Fatou est arrivée au Canada en 2020 pour y poursuivre un diplôme en techniques administratives au Collège LaSalle, à Montréal.
Travailleuse acharnée, elle rêvait d’obtenir un permis de travail post-diplôme (PTPD) pour commencer sa carrière dans la comptabilité.
Le 2 juin 2025, confiante, elle soumet sa demande de PTPD.
Trois jours plus tard, elle reçoit un accusé de réception — mais aussi un doute : son statut d’étudiante avait expiré le 30 mai 2025.
Le 20 octobre 2025, la nouvelle tombe :
“Votre statut de résident temporaire a expiré avant le dépôt de votre demande.
Vos résultats de test linguistique TCF étaient également périmés.
Votre demande de permis de travail post-diplôme est donc refusée.”
Ce refus, bien que strictement conforme à la loi, illustre une erreur fréquente : la méconnaissance des délais et conditions exactes du Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés (RIPR).
1. Le cadre légal : ce que disent les articles R181 et R205(c)(ii) du RIPR
Article R181 – Perte du statut et conditions de rétablissement
Selon cet article :
“Un résident temporaire qui souhaite prolonger son séjour doit présenter une demande de prolongation de son statut avant l’expiration de celui-ci.”
Autrement dit :
- toute demande déposée même un jour après l’expiration du permis étudiant ou travail est irrecevable ;
- le demandeur perd son statut légal dès le lendemain de la date d’expiration.
Article R205(c)(ii) – Permis de travail ouvert post-diplôme
Cet article encadre la délivrance du permis de travail post-diplôme (PTPD), accordé pour permettre aux étudiants étrangers diplômés d’acquérir une expérience canadienne.
Mais pour en bénéficier, il faut :
- être titulaire d’un statut valide au moment de la demande ;
- présenter des résultats de test linguistique récents (moins de deux ans).
Fatou avait respecté toutes les conditions académiques, mais elle a commis deux erreurs fatales :
- Dépôt après expiration de son statut ;
- Test linguistique TCF expiré au moment du dépôt.
2. Cas fictif : l’histoire complète de Fatou
Étape 1 : le diplôme, la victoire et l’oubli
En mai 2025, Fatou termine son programme collégial avec succès.
Son permis d’études expire le 30 mai 2025, mais elle croit, à tort, disposer d’un “statut implicite” le temps de déposer sa demande de PTPD.
Étape 2 : la demande tardive
Le 2 juin 2025, soit trois jours après l’expiration, elle soumet sa demande en ligne.
À ce moment, elle n’a plus de statut valide au Canada.
Selon IRCC, elle aurait dû demander un rétablissement de statut avant de déposer la demande de permis de travail.
Étape 3 : le test linguistique expiré
Autre problème : Fatou avait passé le TCF Canada en mars 2023.
Or, selon la politique d’IRCC mise à jour le 1er novembre 2024, les tests linguistiques doivent dater de moins de deux ans à la date de réception de la demande.
Le sien était donc périmé depuis trois mois.
Étape 4 : la lettre de refus
Le 20 octobre 2025, IRCC Edmonton lui adresse une lettre officielle “Votre statut de résident temporaire a expiré le 30 mai 2025. Votre demande a été reçue le 2 juin 2025, après cette date.
En conséquence, vous ne détenez pas de statut légal au Canada et devez quitter le territoire immédiatement.”
L’agent ajoute :
“Les résultats de test TCF soumis sont expirés et non recevables. Conformément aux articles R181 et R205(c)(ii), la demande est refusée.”
3. Les erreurs qui ont mené au refus
1. Dépôt hors délai
IRCC considère la date de réception et non la date d’envoi.
Même si Fatou a soumis sa demande quelques jours après, cela annule son admissibilité.
2. Absence de demande de rétablissement
En cas de perte de statut, un demandeur a 90 jours pour demander un rétablissement (article 182 RIPR).
Fatou ne l’a pas fait.
3. Test linguistique expiré
Depuis novembre 2024, le PTPD requiert des preuves linguistiques valides.
Les résultats expirent 24 mois après la date d’examen, sans exception.
4. Ce que Fatou aurait dû faire
| Étape | Action recommandée | Référence |
|---|---|---|
| 1 | Vérifier la date d’expiration de son permis d’études | IRCC, politique sur le statut implicite |
| 2 | Soumettre la demande avant cette date | R181 RIPR |
| 3 | Vérifier la validité du test linguistique | Mise à jour IRCC du 1er novembre 2024 |
| 4 | En cas de retard, demander un rétablissement de statut | Article 182 RIPR |
5. Les conséquences du refus
a) Perte du statut légal
À partir du 31 mai 2025, Fatou devient étrangère sans statut.
Elle n’a plus le droit :
- de travailler,
- d’étudier,
- ni même de rester au Canada sans autorisation.
b) Obligation de quitter le territoire
La lettre du 20 octobre 2025 précise :
“Vous devez quitter le Canada immédiatement, faute de quoi des mesures exécutoires pourront être prises.”
En clair :
Si elle reste sans agir, elle risque une mesure d’exclusion (article 41 LIPR), l’empêchant de revenir pendant un an.
c) Remboursement partiel
IRCC rembourse seulement les frais de permis de travail ouvert (100 $), pas les frais de traitement (155 $).
6. Comment réagir à un refus de PTPD
Option 1 : Quitter le Canada volontairement
C’est la solution la plus sûre pour éviter des sanctions.
Fatou pourra déposer une nouvelle demande depuis son pays d’origine une fois son dossier corrigé.
Option 2 : Demande de rétablissement
Dans les 90 jours suivant l’expiration du statut, il est possible de demander un rétablissement et un nouveau permis de travail.
Mais cette option n’était plus valable pour Fatou au 20 octobre 2025.
Option 3 : Recours humanitaire
Si le refus entraîne des conséquences disproportionnées (rupture d’emploi, difficultés familiales), une demande fondée sur des considérations d’ordre humanitaire (CH) peut être envisagée.
Option 4 : Nouveau test linguistique et nouvelle demande
Le plus souvent, IRCC recommande de repasser le test linguistique et de présenter une nouvelle demande complète depuis l’extérieur du Canada.
7. Exemple de lettre explicative (fictive)
Objet : Nouvelle demande de permis de travail post-diplôme – Référence : Refus du 20 octobre 2025
Madame, Monsieur,
Je souhaite présenter une nouvelle demande de permis de travail post-diplôme.
Ma demande initiale a été refusée en raison d’un dépôt effectué après l’expiration de mon statut (31 mai 2025) et de résultats de test TCF périmés.J’ai depuis régularisé ma situation :
- un nouveau test TCF passé le 5 décembre 2025 (résultats NCLC 8) ;
- un visa visiteur valide et une lettre d’emploi d’un employeur canadien.
Je vous prie de considérer ma bonne foi et mon intention constante de respecter les lois canadiennes.
Respectueusement,
Fatou
8. Leçons à retenir du cas Fatou
| Leçon | Détail | Risque évité |
|---|---|---|
| Toujours vérifier les dates de validité | Permis, passeport, CAQ, tests | Refus automatique |
| Ne pas confondre “statut implicite” et “prolongation automatique” | Le statut implicite n’existe qu’en cas de dépôt avant expiration | Statut perdu |
| Les délais IRCC ne sont pas flexibles | Un jour de retard = irrecevable | Rejet immédiat |
| Tests linguistiques : durée de 24 mois | TCF, IELTS, CELPIP, TEF | Non-recevabilité |
| Consulter un représentant autorisé | Avocat ou membre du CCIC | Éviter les erreurs procédurales |
9. FAQ – Permis post-diplôme et perte de statut
1. Que se passe-t-il si ma demande est déposée après l’expiration de mon permis ?
Elle est automatiquement refusée. Vous devez demander un rétablissement dans les 90 jours.
2. Puis-je continuer à travailler pendant le traitement ?
Seulement si vous avez déposé la demande avant l’expiration du permis précédent.
3. Mon test linguistique a expiré pendant le traitement, que faire ?
Ce n’est pas grave si le test était valide au moment du dépôt. Sinon, il faut repasser l’examen.
4. Que faire après un refus fondé sur R181 ?
Quitter le Canada et présenter une nouvelle demande complète depuis l’étranger.
5. Le remboursement IRCC est-il automatique ?
Oui, uniquement pour les frais du permis ouvert (100 $), pas pour les frais de traitement.
10. Conclusion : trois jours, trois erreurs, trois leçons
Le cas fictif de Fatou illustre la rigueur du système d’immigration canadien.
IRCC n’examine pas l’intention, mais la conformité stricte à la loi.
Trois jours de retard, un test expiré et l’absence de rétablissement de statut suffisent à faire rejeter une demande pourtant légitime.
Mais cette histoire montre aussi qu’un refus n’est pas une fin : avec de la rigueur, de la transparence et un bon accompagnement, une nouvelle demande peut réussir.
Dans l’immigration canadienne, la réussite ne dépend pas seulement du mérite — elle dépend avant tout de la précision administrative.



