Permis de travail Canada : conditions, documents, refus et recours
Rédigé par Ali Hisseine Ladoual, consultant réglementé en immigration canadienne (CRIC R731736), commissaire à l’assermentation. Dernière vérification : 2026-08-18. Temps de lecture : 22 min.
En bref
Le permis de travail canadien est l’autorisation qui permet à un étranger d’occuper un emploi au Canada, sous le Programme des travailleurs étrangers temporaires quand une étude d’impact sur le marché du travail (EIMT) est exigée, ou sous le Programme de mobilité internationale quand une dispense s’applique.
La condition déterminante n’est pas l’offre d’emploi : c’est la démonstration que le demandeur est capable d’exercer l’emploi visé et qu’il quittera le Canada à la fin de son séjour autorisé, aux termes des articles 200(1)b) et 200(3)a) du Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés (RIPR).
Les frais de traitement s’élèvent à 155 $ par personne, auxquels s’ajoutent 100 $ pour un permis de travail ouvert et 85 $ de biométrie, selon le barème d’IRCC (vérifié le 2026-08-18).
Le motif de refus le plus fréquent est l’écart entre l’expérience réelle du demandeur et le code de la Classification nationale des professions (CNP) inscrit sur l’EIMT. La Cour fédérale a confirmé ce type de refus dans l’affaire Jassal, tranchée en 2025.
Un refus n’est pas définitif : les notes du Système mondial de gestion des cas (SMGC), une nouvelle demande corrigée, une demande de réexamen ou un contrôle judiciaire en Cour fédérale restent ouverts selon le motif réel du refus.
Sommaire
- Qu’est-ce qu’un permis de travail canadien
- Qui est admissible à un permis de travail
- Conditions d’admissibilité, critère par critère
- Références juridiques applicables
- Documents à fournir
- Procédure de demande, étape par étape
- Frais, délais, durée et droits pendant le traitement
- Particularités québécoises
- Erreurs fréquentes des demandeurs
- Motifs fréquents de refus
- Que faire après un refus
- Jurisprudence importante
- Ce que les tribunaux examinent
- Exemple pratique
- Questions fréquentes
- Quand consulter un consultant réglementé
- Sources officielles
- Auteur et mise à jour
Qu’est-ce qu’un permis de travail canadien

Le permis de travail canadien est un document délivré par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) qui autorise un étranger à occuper un emploi au Canada pendant une période déterminée. L’article 8(1) du RIPR pose la règle : un étranger ne peut entrer au Canada pour y travailler que s’il a préalablement obtenu un permis de travail.
Le permis de travail n’est pas un visa. Le visa de résident temporaire sert à entrer au Canada, le permis de travail sert à y travailler. Une personne originaire d’un pays soumis à l’obligation de visa a donc besoin des deux, et IRCC délivre le visa en même temps que la lettre d’introduction lorsque la demande de permis est approuvée à l’étranger.
Les deux grandes familles de permis
Le permis de travail lié à un employeur donné, souvent appelé permis de travail fermé, autorise son titulaire à travailler pour un seul employeur, à un lieu de travail précis et dans une profession précise. Il repose en général sur une étude d’impact sur le marché du travail favorable obtenue par l’employeur.
Le permis de travail ouvert autorise son titulaire à travailler pour presque n’importe quel employeur au Canada, sans offre d’emploi préalable. IRCC en exclut les employeurs jugés non conformes et ceux qui offrent certains services précis. Le permis de travail ouvert ne se demande pas librement : il faut relever d’une situation prévue, comme le permis de travail postdiplôme, le conjoint d’un travailleur qualifié, le demandeur d’asile ou le travailleur vulnérable.
La proportion réelle penche nettement du côté ouvert. Entre 2014 et 2022, plus de 3,97 millions de permis de travail dispensés de l’EIMT et de prolongations ont été délivrés dans le cadre du Programme de mobilité internationale, dont 82 % de permis ouverts et 18 % de permis liés à un employeur donné, selon l’évaluation du programme publiée par IRCC (vérifié le 2026-08-18).
Le statut de travailleur étranger temporaire
Le travailleur étranger temporaire est la personne autorisée à travailler au Canada pour une durée limitée sans y être résidente permanente. Ce statut recouvre deux programmes distincts que les demandeurs confondent régulièrement.
Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) sert à combler des pénuries de main-d’œuvre à court terme. Il exige une EIMT favorable, obtenue par l’employeur auprès d’Emploi et Développement social Canada (EDSC). Le Programme de mobilité internationale (PMI) sert des objectifs économiques et culturels plus larges et dispense l’employeur de l’EIMT. Les cinq dispenses réglementaires figurent aux articles 204 à 208 du RIPR.
Savoir sous quel programme on présente sa demande n’est pas un détail administratif. Le programme détermine les frais, les documents, le rôle de l’employeur, l’intervention du Québec et, en cas de refus, la nature de l’erreur à corriger.
Ce que le permis de travail ne permet pas
Le permis de travail ne donne pas la résidence permanente et ne la garantit pas. Il ne permet pas d’étudier au Canada dans un programme de plus de six mois sans permis d’études distinct. Il ne permet pas non plus de travailler pour un employeur autre que celui inscrit sur le permis, lorsque le permis est lié à un employeur donné.
Le permis de travail ne protège pas contre le renvoi si son titulaire perd son statut. Travailler sans autorisation peut entraîner une mesure de renvoi, comme l’indique EDSC sur sa page consacrée aux droits des travailleurs étrangers temporaires (vérifié le 2026-08-18).
Qui est admissible à un permis de travail
Cette section traite des personnes. Les critères qu’elles doivent remplir font l’objet de la section suivante.
Personnes potentiellement admissibles
- l’étranger qui détient une offre d’emploi appuyée par une EIMT favorable;
- le diplômé d’un établissement d’enseignement désigné admissible au permis de travail postdiplôme (PTPD);
- l’époux ou le conjoint de fait de certains travailleurs étrangers et de certains étudiants étrangers;
- le participant à Expérience internationale Canada, dont le permis vacances-travail;
- le candidat francophone ou bilingue destiné à vivre et travailler hors Québec, dans le cadre de Mobilité francophone;
- le demandeur d’asile dont la demande a été déférée à la Section de la protection des réfugiés (SPR), et la personne visée par une mesure de renvoi qui ne peut être exécutée, en vertu de l’article 206 du RIPR;
- le travailleur victime de violence dans le cadre de son emploi au Canada, ou qui risque de l’être, en vertu de l’article 207.1 du RIPR;
- le titulaire d’un permis de séjour temporaire et le demandeur de résidence permanente en attente d’une décision, dans les cas prévus.
Personnes généralement non admissibles
- le citoyen canadien et le résident permanent, qui n’ont besoin ni de permis ni de visa pour travailler;
- l’étranger interdit de territoire pour raison de criminalité, de sécurité, de santé ou de fausse déclaration;
- l’étranger dont le passeport ne couvre pas la période demandée, un permis ne pouvant être délivré au-delà de la validité du passeport;
- l’étranger qui a perdu son statut depuis plus de 90 jours sans avoir demandé le rétablissement;
- l’enfant à charge d’un travailleur étranger, qui n’est plus admissible au permis de travail ouvert familial depuis le 21 janvier 2025.
Être admissible ne garantit jamais l’approbation. L’admissibilité ouvre l’examen du dossier, elle ne le conclut pas. L’agent conserve le pouvoir de refuser une demande complète et admissible s’il n’est pas convaincu sur les critères de la section suivante.
Conditions d’admissibilité, critère par critère

Quatre conditions décident de l’issue d’une demande de permis de travail. Chacune se traite ici selon la même structure : la règle, la preuve, l’erreur fréquente et la conséquence.
Être capable d’exercer l’emploi visé
La règle. L’article 200(3)a) du RIPR interdit à l’agent de délivrer un permis de travail s’il a des motifs raisonnables de croire que l’étranger est incapable d’exercer l’emploi pour lequel le permis est demandé. C’est une interdiction, pas une simple faculté d’appréciation.
La preuve. Un curriculum vitæ dont l’expérience correspond aux fonctions principales et aux conditions d’accès du code de la Classification nationale des professions inscrit sur l’EIMT, des lettres d’employeurs qui décrivent les tâches réellement exercées, les diplômes et les certifications exigées par le code.
L’erreur fréquente. Présenter une expérience voisine en espérant qu’elle passe pour équivalente. Un demandeur ayant douze ans d’expérience en assurance qualité dans la fabrication alimentaire n’a pas l’expérience d’un gérant de restaurant, même si les deux touchent à l’alimentation et à la supervision de personnel.
La conséquence. Le refus est prononcé sans entrevue et sans avertissement. La Cour fédérale a confirmé qu’un agent n’a pas à faire concorder une demande avec un code de la CNP différent de celui de l’EIMT (affaire Jassal, Cour fédérale, 2025).
Convaincre l’agent que l’on quittera le Canada
La règle. L’article 200(1)b) du RIPR exige que l’agent soit convaincu que le demandeur quittera le Canada à la fin de la période de séjour autorisée. L’article 22(2) de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR) tempère cette exigence : l’intention de devenir résident permanent n’empêche pas d’obtenir un statut temporaire, pourvu que l’agent soit convaincu du départ à l’échéance. C’est la règle dite de la double intention.
La preuve. Des attaches établies dans le pays d’origine, une situation d’emploi ou familiale cohérente, un plan de séjour daté, et une explication franche lorsqu’une demande de résidence permanente est en cours.
L’erreur fréquente. Dissimuler une demande de résidence permanente en cours par crainte du refus. La dissimulation nourrit exactement le doute qu’elle cherche à éviter, alors que la double intention est expressément permise par la loi.
La conséquence. Un refus fondé sur l’absence de conviction quant au départ, motif qui se combine presque toujours à un second motif, comme l’insuffisance des fonds ou l’incohérence du parcours.
Relever du bon programme, avec ou sans EIMT
La règle. L’employeur doit obtenir une EIMT favorable, sauf si une dispense prévue aux articles 204 à 208 du RIPR s’applique. L’EIMT confirme qu’aucun citoyen canadien ni résident permanent n’est disponible pour occuper le poste.
La preuve. La lettre de décision d’EIMT favorable et son numéro, l’offre d’emploi signée, ou, sous le Programme de mobilité internationale, le numéro d’offre d’emploi soumis par l’employeur au portail des employeurs, avec la preuve du paiement des frais de conformité de 230 $.
L’erreur fréquente. Déposer la demande de permis de travail avant que l’employeur ait terminé sa propre démarche, ou après l’expiration de l’EIMT. L’EIMT est délivrée pour une période précise et le permis est délivré en conséquence.
La conséquence. La demande est rejetée comme incomplète ou refusée au fond, et les frais de traitement ne sont pas remboursés.
Ne pas être interdit de territoire
La règle. L’étranger interdit de territoire pour criminalité, sécurité, motifs sanitaires, raisons financières ou fausse déclaration ne peut obtenir de permis de travail, quelle que soit la qualité de son offre d’emploi.
La preuve. Les certificats de police exigés, l’examen médical d’immigration lorsqu’il est requis, et une explication documentée de tout antécédent, y compris une condamnation ancienne ou un refus antérieur dans un autre pays.
L’erreur fréquente. Ne pas déclarer un refus de visa antérieur, au Canada ou ailleurs, en pensant qu’il ne sera pas retrouvé. Les systèmes d’IRCC conservent l’historique et le partagent avec plusieurs partenaires.
La conséquence. Une allégation de fausse déclaration au titre de l’article 40 de la LIPR, dont les effets dépassent de loin le refus du permis puisqu’elle emporte une interdiction de territoire de plusieurs années.
Une précision utile aux diplômés : les conditions ci-dessus s’appliquent aussi au permis de travail postdiplôme, avec des exigences propres qui découlent du parcours d’études. Le lien entre les deux statuts est traité dans notre guide sur le permis d’études au Canada.
Références juridiques applicables
| Référence | Sujet | Ce que cela signifie en pratique |
|---|---|---|
| RIPR, art. 8(1) et 8(2) | obligation de détenir un permis | travailler exige un permis, sauf dans les cas de travail sans permis de l’article 186 |
| RIPR, art. 186 | travail sans permis | énumère les situations où un étranger travaille légalement sans permis |
| RIPR, art. 186u) | maintien de l’autorisation | permet de continuer à travailler après l’expiration du permis si le renouvellement a été demandé à temps |
| RIPR, art. 200(1)b) | départ à l’échéance | l’agent doit être convaincu que le demandeur quittera le Canada |
| RIPR, art. 200(3)a) | capacité d’exercer l’emploi | interdit la délivrance si le demandeur est incapable d’exercer l’emploi visé |
| RIPR, art. 203 | étude d’impact sur le marché du travail | fonde l’évaluation par EDSC de l’effet de l’embauche sur le marché du travail |
| RIPR, art. 204 à 208 | dispenses d’EIMT | cinq dispenses réglementaires qui structurent le Programme de mobilité internationale |
| RIPR, art. 205c)(ii) | intérêts canadiens | fonde notamment le permis de travail ouvert pour conjoint accompagnant |
| RIPR, art. 206 | aucun autre moyen de subsistance | ouvre le permis au demandeur d’asile déféré à la SPR et à la personne dont le renvoi est inexécutable |
| RIPR, art. 207.1 | travailleur vulnérable | permet un permis ouvert au travailleur victime de violence dans son emploi |
| LIPR, art. 22(2) | double intention | l’intention de s’établir n’exclut pas le statut temporaire |
| LIPR, art. 40 | fausse déclaration | sanctionne la présentation erronée sur un fait important |
Que prévoit l’article 200(3)a) du RIPR?
L’article 200(3)a) du RIPR interdit à l’agent de délivrer un permis de travail lorsqu’il a des motifs raisonnables de croire que l’étranger est incapable d’exercer l’emploi demandé. La disposition ne parle pas de diplôme ni d’années d’expérience en chiffres : elle parle de capacité réelle à faire le travail décrit. L’agent compare donc le parcours du demandeur aux fonctions principales du code de la CNP retenu par l’employeur.
Que prévoit l’article 186 du RIPR?
L’article 186 du RIPR énumère les situations dans lesquelles un étranger peut travailler au Canada sans permis de travail. Il vise notamment le visiteur commercial au sens de l’article 187, le représentant étranger accrédité et sa famille, et une série d’autres catégories. Son alinéa u) est le plus utile au quotidien : il autorise le titulaire d’un permis expiré à continuer de travailler aux mêmes conditions, sauf la date d’expiration, s’il a demandé le renouvellement avant l’échéance et tant qu’aucune décision n’est rendue.
Comment l’article 22(2) de la LIPR s’applique-t-il en pratique?
Un ingénieur qui obtient une offre d’emploi au Canada et qui prépare en parallèle une demande de résidence permanente peut déclarer les deux démarches. L’article 22(2) de la LIPR prévoit expressément que l’intention de devenir résident permanent n’empêche pas d’obtenir un statut temporaire, si l’agent est convaincu que la personne partira à l’échéance de son autorisation. En pratique, mieux vaut expliquer la double démarche dans la lettre d’accompagnement que de laisser l’agent la découvrir seul dans le système.
Les dispositions ci-dessus ont été vérifiées sur le site de la législation fédérale, le RIPR (DORS/2002-227) étant à jour au 2026-06-17 (vérifié le 2026-08-18).
Documents à fournir
La liste exacte dépend du programme et du pays de résidence, et IRCC produit une liste de contrôle personnalisée dans le compte en ligne. Les catégories ci-dessous couvrent l’essentiel des dossiers.
Documents d’identité et de statut
- passeport valide pour toute la période demandée, un permis ne pouvant excéder la validité du passeport;
- photographies conformes aux spécifications d’IRCC;
- document d’identité national, lorsqu’il existe;
- preuve du statut actuel au Canada pour une demande présentée de l’intérieur : permis d’études, permis de travail, fiche du visiteur.
Documents propres à la demande
- formulaire IMM 1295 pour une demande présentée à l’extérieur du Canada;
- formulaire IMM 5710 pour une demande présentée au Canada, y compris une prolongation ou un changement de conditions;
- formulaire IMM 5476 si un représentant agit au dossier;
- lettre de décision d’EIMT favorable et son numéro, sous le PTET;
- numéro d’offre d’emploi et preuve du paiement des frais de conformité de 230 $, sous le PMI;
- contrat de travail ou lettre d’offre signée, précisant le titre du poste, le code de la CNP, le lieu de travail, le salaire et la durée.
Documents explicatifs
- curriculum vitæ détaillé, aligné sur les fonctions du code de la CNP visé;
- lettres d’expérience d’anciens employeurs décrivant les tâches, les dates et le nombre d’heures;
- diplômes, certifications et permis d’exercice exigés par la profession;
- attestation de compétences linguistiques lorsque le poste ou le programme l’exige;
- lettre d’explication qui relie le parcours à l’emploi et traite d’avance les points faibles du dossier.
Documents supplémentaires selon le dossier
- certificat d’acceptation du Québec (CAQ) pour un emploi au Québec sous le PTET;
- certificats de police pour chaque pays où le demandeur a vécu plus de six mois depuis ses 18 ans;
- examen médical d’immigration, selon le pays de séjour et la profession envisagée;
- preuve de fonds suffisants, notamment relevés bancaires des trois derniers mois et explication de la provenance des sommes;
- preuve du lien conjugal pour un permis de travail ouvert pour conjoint, et preuve de l’emploi du conjoint au Canada.
Sur la preuve de fonds, une précision qui évite beaucoup de refus : un relevé qui montre un solde ne dit rien de l’origine ni de la disponibilité de l’argent. Joignez les relevés des trois derniers mois, expliquez tout dépôt important, et documentez la provenance des sommes.
Procédure de demande, étape par étape

Étape 1 : déterminer le programme et le lieu de dépôt
Établissez d’abord si une EIMT est exigée ou si une dispense s’applique, puis si la demande se présente de l’extérieur du Canada, de l’intérieur, ou à un point d’entrée. Ce choix commande tout le reste : formulaires, documents, frais et délais.
Étape 2 : faire compléter la démarche de l’employeur
Sous le PTET, l’employeur demande l’EIMT à EDSC et paie 1 000 $ par poste. Sous le PMI, il soumet l’offre d’emploi au portail des employeurs et paie 230 $ de frais de conformité. La demande de permis ne se dépose qu’ensuite, avec le numéro obtenu.
Étape 3 : réunir les documents
Rassemblez les pièces de la section précédente et vérifiez la cohérence entre elles : les dates du curriculum vitæ, celles des lettres d’employeurs et celles des formulaires doivent concorder exactement.
Étape 4 : remplir les formulaires
Remplissez le IMM 1295 ou le IMM 5710 sur ordinateur. Répondez à toutes les questions, en inscrivant « sans objet » lorsqu’une section ne s’applique pas, sauf pour les champs de nom. Une demande incomplète peut être rejetée, et une demande rejetée est réputée n’avoir jamais été présentée, ce qui peut faire perdre le statut.
Étape 5 : rédiger la lettre d’explication
La lettre d’explication est la seule pièce où le demandeur parle directement à l’agent. Elle relie l’expérience aux fonctions du code de la CNP, explique la provenance des fonds, traite les refus antérieurs et déclare, le cas échéant, la demande de résidence permanente en cours. Une lettre générique recyclée d’un modèle trouvé en ligne dessert le dossier.
Étape 6 : payer les frais et transmettre la demande
Créez un compte sécurisé IRCC, téléversez les documents, puis payez les frais applicables. Pour une demande présentée au Canada, IRCC recommande de déposer au moins 30 jours avant l’expiration du statut actuel.
Étape 7 : fournir les données biométriques
Après le paiement, IRCC transmet une lettre d’instruction biométrique dans la boîte de messages du compte. Les données biométriques valent dix ans, et aucun visa ni permis ne peut être délivré au-delà de dix ans après leur dernière collecte.
Étape 8 : conserver la preuve de dépôt
Conservez la confirmation de soumission, le reçu de paiement et la copie complète du dossier transmis. Cette preuve sert à démontrer que le renouvellement a été demandé avant l’expiration, condition du maintien de l’autorisation de travail prévu à l’article 186u) du RIPR, et elle devient la pièce maîtresse si le dossier est contesté plus tard.
Frais, délais, durée et droits pendant le traitement

Combien coûte un permis de travail?
Les frais de traitement sont de 155 $ par personne, auxquels s’ajoutent selon le cas les frais de permis de travail ouvert et la biométrie. Les frais de l’employeur sont distincts et ne peuvent pas être récupérés auprès du travailleur.
| Élément | Montant | Source et date |
|---|---|---|
| Permis de travail, y compris les prorogations, par personne | 155 $ | IRCC, vérifié le 2026-08-18 |
| Frais additionnels pour détenteur de permis de travail ouvert | 100 $ | IRCC, vérifié le 2026-08-18 |
| Biométrie, par personne | 85 $ | IRCC, vérifié le 2026-08-18 |
| Biométrie, par famille de 2 personnes ou plus | 170 $ | IRCC, vérifié le 2026-08-18 |
| Permis de travail postdiplôme | 255 $ | IRCC, vérifié le 2026-08-18 |
| Rétablissement du statut de travailleur et nouveau permis | 401,25 $ | IRCC, vérifié le 2026-08-18 |
| Frais de conformité de l’employeur, sous le PMI | 230 $ | IRCC, vérifié le 2026-08-18 |
| Traitement d’une EIMT, par poste, payé par l’employeur | 1 000 $ | EDSC, vérifié le 2026-08-18 |
| Évaluation québécoise de l’offre d’emploi | 233 $ | Gouvernement du Québec, tarif au 1er janvier 2026, vérifié le 2026-08-18 |
| Demande de sélection temporaire, Québec | 233 $ | Gouvernement du Québec, tarif au 1er janvier 2026, vérifié le 2026-08-18 |
Les frais de 100 $ du permis de travail ouvert sont remboursés si la demande est refusée. Les frais d’EIMT ne sont jamais remboursés en cas de décision négative, de retrait ou d’annulation, parce qu’ils couvrent l’évaluation et non son résultat.
Quel est le délai de traitement?
IRCC n’affiche pas un délai unique pour le permis de travail : le délai varie selon le pays de résidence, le type de permis et le lieu de dépôt, et il est mis à jour en continu. Le seul chiffre fiable est celui que renvoie l’outil officiel de vérification des délais de traitement au moment de la consultation. Tout délai cité dans un article, y compris ici, serait périmé avant d’être lu.
Le délai affiché est une estimation fondée sur les demandes déjà traitées, jamais un engagement d’IRCC. Il ne commence pas à courir tant que la demande n’est pas complète.
Quelle est la durée du permis obtenu?
La durée du permis suit celle de l’autorisation sous-jacente. Sous le PTET, elle correspond à la période couverte par l’EIMT. Au Québec, le traitement simplifié permet une embauche pour une durée maximale de trois ans, ramenée à un an pour un poste à bas salaire. Le permis de travail postdiplôme est délivré pour une durée qui dépend du niveau et de la durée du programme d’études, jusqu’à trois ans au maximum.
Une limite s’impose à tous les cas : aucun permis ne peut être délivré au-delà de la date d’expiration du passeport. C’est la cause la plus fréquente d’un permis plus court que prévu.
Peut-on travailler pendant le traitement?
Le titulaire d’un permis de travail qui demande son renouvellement avant l’expiration peut continuer à travailler aux mêmes conditions jusqu’à la décision, en vertu de l’article 186u) du RIPR. Cette autorisation ne s’étend pas à un nouvel employeur : sous permis lié à un employeur donné, il faut attendre le nouveau permis, sauf recours à la politique publique qui permet de commencer plus tôt.
La personne qui demande un premier permis de travail n’a aucune autorisation de travailler pendant le traitement. Un diplômé qui demande un permis de travail postdiplôme ne peut travailler dans l’attente de la décision que si son permis d’études était valide au moment du dépôt.
Que se passe-t-il si le statut expire?
Une demande de rétablissement du statut est possible dans les 90 jours suivant la perte du statut, moyennant 401,25 $ pour un travailleur, soit 246,25 $ de rétablissement et 155 $ pour le nouveau permis. Passé ce délai de 90 jours, la personne doit quitter le Canada. Le rétablissement n’est jamais automatique et il n’autorise pas à travailler tant qu’il n’est pas accordé.
Le travailleur qui attend une décision sur une demande de résidence permanente au titre d’Entrée express et dont le permis expire dans quatre mois ou moins peut, sous conditions, demander un permis de travail ouvert transitoire pour éviter la rupture de statut.
Particularités québécoises
Le Québec ajoute une autorisation et un palier de frais à la démarche fédérale. Un employeur québécois qui embauche sous le PTET doit obtenir une évaluation conjointe des deux gouvernements, et le travailleur doit obtenir un certificat d’acceptation du Québec (CAQ) avant de demander son permis de travail à IRCC.
Quand le CAQ est-il exigé?
Le CAQ est exigé pour un emploi au Québec sous le Programme des travailleurs étrangers temporaires. Il ne l’est pas lorsque l’embauche se fait sous le Programme de mobilité internationale, puisque ce programme dispense de l’EIMT. La démarche québécoise se fait dans le portail Arrima, où l’employeur transmet sa demande d’évaluation en même temps que la demande de sélection temporaire du travailleur. Le fonctionnement de ce portail est détaillé dans notre guide sur Arrima et l’immigration au Québec, et les étapes du certificat lui-même dans celui sur le CAQ en ligne.
Le traitement simplifié
Le traitement simplifié dispense l’employeur de faire la preuve de ses efforts de recrutement pour les professions qui figurent sur une liste établie par le Québec, mise à jour le 24 février 2026 (vérifié le 2026-08-18). Il autorise une embauche jusqu’à trois ans, et le plan de transition n’est exigé qu’à partir de la deuxième demande visant la même profession au même lieu de travail.
Les restrictions en vigueur à Montréal et à Laval
Certaines demandes d’EIMT pour des postes à bas salaire ne sont pas traitées dans les régions économiques de Montréal et de Laval jusqu’au 31 décembre 2026. Cette mesure fédérale s’applique de nouveau dans ces deux régions depuis le 10 avril 2026, le taux de chômage de la région métropolitaine de recensement de Montréal étant égal ou supérieur à 6 %. Le seuil qui sépare les postes à haut salaire des postes à bas salaire est fixé à 36 $ l’heure (Gouvernement du Québec, vérifié le 2026-08-18).
Concrètement, un employeur montréalais qui offre moins de 36 $ l’heure dans une profession visée ne peut pas obtenir d’EIMT pendant cette période. La solution passe par une dispense du Programme de mobilité internationale, quand elle est disponible, et non par une nouvelle tentative identique.
Les exigences de francisation
Depuis le 17 décembre 2025, les entreprises de 25 personnes et plus doivent être conformes au processus de francisation de la Charte de la langue française pour obtenir une évaluation positive, à l’exception des entreprises agricoles. À compter du 17 décembre 2028, la personne qui demande un CAQ dans le Programme des travailleurs étrangers temporaires après trois années de séjour pour travail au Québec devra démontrer une connaissance du français de niveau 4 ou plus à l’oral (Gouvernement du Québec, vérifié le 2026-08-18).
Tout document transmis au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) doit être en français, y compris la demande d’évaluation. Les documents du travailleur doivent être en français ou en anglais, toute autre langue exigeant une traduction signée par un professionnel.
Une précision sur le programme Mobilité francophone, souvent mal compris au Québec : il permet une embauche sans EIMT, mais uniquement pour un candidat destiné à vivre et à travailler hors Québec. Il ne s’applique pas à un emploi à Montréal.
Erreurs fréquentes des demandeurs
Cette section porte sur ce que font les demandeurs. Les motifs invoqués par les agents font l’objet de la section suivante.
- Aligner son curriculum vitæ sur l’offre plutôt que sur le code de la CNP. L’agent compare l’expérience aux fonctions principales et aux conditions d’accès du code inscrit sur l’EIMT, pas au titre du poste. Une expérience dans un secteur voisin ne compte pas.
- Déposer une demande incomplète pour respecter une échéance. Une demande jugée incomplète est réputée n’avoir jamais été présentée. Si le statut expire entre-temps, le demandeur bascule en rétablissement, avec des frais supplémentaires et un risque réel.
- Attendre l’expiration du permis pour demander le renouvellement. Le maintien de l’autorisation de travailler prévu à l’article 186u) du RIPR suppose que la demande soit déposée avant l’expiration. Une journée de retard fait perdre le bénéfice de cette règle.
- Changer d’employeur avant d’avoir le nouveau permis. Sous permis lié à un employeur donné, commencer chez un nouvel employeur sans autorisation constitue un travail non autorisé, susceptible d’entraîner une mesure de renvoi.
- Produire un relevé bancaire sans expliquer la provenance des fonds. Un solde apparu récemment sans explication amène l’agent à douter que l’argent soit réellement disponible.
- Taire un refus antérieur ou une demande de résidence permanente en cours. Le premier expose à une allégation de fausse déclaration, le second est expressément permis par l’article 22(2) de la LIPR et se déclare sans risque.
- Se présenter à un point d’entrée sans les documents originaux. Le dépôt au point d’entrée n’est ouvert qu’à certaines catégories, et un dossier incomplet y est refusé sur-le-champ.
- Redéposer la même demande après un refus, sans rien changer. Le nouvel agent voit le refus précédent et les notes du dossier. Une demande identique produit le même résultat, en plus des frais perdus.
- S’appuyer sur des renseignements juridiques trouvés sur un forum ou produits par un outil automatisé. Dans Jassal, le demandeur a invoqué une décision qui, après recherche, ne semblait pas exister. Une référence inventée détruit la crédibilité de l’ensemble des observations.
- Confondre validité du permis et validité du passeport. Un passeport qui expire dans un an plafonne le permis à un an, quelle que soit la durée de l’EIMT.
Motifs fréquents de refus
Cette section porte sur ce que l’agent écrit dans sa décision et dans les notes du Système mondial de gestion des cas. Les motifs suivants reviennent le plus souvent.
- capacité insuffisante à exercer l’emploi visé, au titre de l’article 200(3)a) du RIPR;
- absence de conviction que le demandeur quittera le Canada à l’échéance, au titre de l’article 200(1)b);
- fonds insuffisants ou provenance des fonds non établie;
- incohérences entre les formulaires, le curriculum vitæ et les déclarations antérieures;
- objet du séjour jugé incompatible avec un séjour temporaire;
- attaches familiales ou économiques jugées faibles dans le pays de résidence;
- documents jugés non authentiques ou soupçon de fausse déclaration;
- EIMT expirée, retirée ou sans lien avec le poste réellement offert;
- demande présentée dans la mauvaise catégorie ou au mauvais endroit.
Capacité insuffisante à exercer l’emploi
Pourquoi l’agent refuse. Il compare l’expérience déclarée aux fonctions principales du code de la CNP figurant sur l’EIMT et conclut que le demandeur n’a pas exercé ces fonctions. Le raisonnement tient en deux lignes dans les notes du SMGC.
La preuve qui manquait. Des lettres d’employeurs décrivant les tâches réellement accomplies dans les termes du code visé, et non un simple intitulé de poste, ainsi que les certifications que le code exige.
Comment réduire le risque. Lire le descriptif du code de la CNP avant de déposer, puis vérifier ligne par ligne que chaque fonction principale est appuyée par une preuve au dossier. Si l’écart est réel, le corriger avant le dépôt, pas après le refus.
Absence de conviction quant au départ à l’échéance
Pourquoi l’agent refuse. Il estime que les attaches au pays de résidence sont faibles au regard des perspectives offertes au Canada, ou que le projet déclaré ne cadre pas avec un séjour temporaire.
La preuve qui manquait. Un dossier qui documente la situation familiale, professionnelle et patrimoniale dans le pays d’origine, et une lettre qui explique le projet de retour ou, s’il existe un projet de résidence permanente, qui l’assume au titre de la double intention.
Comment réduire le risque. Ne jamais laisser ce motif sans réponse dans le dossier. Il est rarement le seul, mais il est presque toujours présent, et il se combine à un motif financier ou documentaire qu’il faut traiter en même temps.
Fonds insuffisants ou provenance non établie
Pourquoi l’agent refuse. Il conclut que le demandeur ne peut pas subvenir à ses besoins, ou que l’origine des sommes n’est pas démontrée, ce qui l’amène à douter de leur disponibilité réelle.
La preuve qui manquait. Des relevés couvrant les trois derniers mois, une explication de chaque dépôt important, et, lorsque des tiers appuient le demandeur, des déclarations sous serment confirmant l’accès aux fonds.
Comment réduire le risque. Documenter la provenance avant le dépôt. La Cour fédérale a rappelé qu’un affidavit constitue en soi une preuve et qu’un agent ne peut pas l’ignorer sans s’en expliquer (affaire Gor, Cour fédérale, 2026).
Incohérences et doutes sur la crédibilité
Pourquoi l’agent refuse. Il relève un écart entre une déclaration ancienne et une déclaration récente, par exemple entre un formulaire de visa de visiteur qui décrit une personne sans emploi et une demande de permis qui décrit une professionnelle diplômée.
La preuve qui manquait. Une explication écrite de l’écart, produite avant que l’agent ne le découvre, avec les pièces qui établissent la version exacte.
Comment réduire le risque. Relire toutes les demandes déjà présentées à IRCC avant d’en déposer une nouvelle. Une incohérence assumée et expliquée se traite; une incohérence découverte par l’agent se paie au prix fort.
Que faire après un refus

Un refus de permis de travail n’ouvre aucun droit d’appel devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR). Les options ci-dessous se choisissent selon le motif réel du refus, celui qui figure dans les notes du SMGC, et non selon le motif supposé.
Obtenir les notes du Système mondial de gestion des cas
La lettre de refus est brève et standardisée. Les notes du SMGC contiennent le raisonnement réel de l’agent. Elles s’obtiennent par une demande d’accès à l’information et de protection des renseignements personnels (AIPRP). Cette étape précède toutes les autres : agir sans avoir lu les notes revient à corriger un dossier à l’aveugle.
Présenter une nouvelle demande corrigée
C’est la voie la plus rapide quand le motif est une insuffisance de preuve. Elle suppose que l’EIMT soit encore valide ou que l’employeur en obtienne une nouvelle, et que le dossier corrige précisément ce que les notes reprochent. Une nouvelle demande ne répare pas un motif tenant à la crédibilité ou à une fausse déclaration.
Demander un réexamen
Le réexamen s’adresse à IRCC et vise l’erreur manifeste : un document au dossier qui n’a pas été examiné, une pièce mal associée, une confusion sur l’identité. Il n’existe aucun droit au réexamen et aucun délai garanti. Il vaut la peine lorsque l’erreur est démontrable par le dossier lui-même.
Répondre à une lettre d’équité procédurale
Lorsque l’agent doute de l’authenticité d’un document ou envisage une conclusion de fausse déclaration, il envoie une lettre d’équité procédurale (LEP). Le délai de réponse est indiqué dans la lettre elle-même et il est court. C’est le moment le plus déterminant de tout le dossier : une réponse faible transforme un doute en interdiction de territoire pour fausse déclaration.
Il faut noter que l’agent n’est pas tenu d’envoyer une telle lettre dans tous les cas. L’obligation de demander des éclaircissements existe lorsque l’agent doute de la véracité, de l’exactitude ou de l’authenticité d’un renseignement. Elle n’existe pas lorsque la preuve est simplement insuffisante : dans ce cas, l’agent refuse sans prévenir.
Déposer une demande de contrôle judiciaire
Le contrôle judiciaire se dépose devant la Cour fédérale et il est subordonné au dépôt d’une demande d’autorisation, en vertu de l’article 72(1) de la LIPR. L’article 72(2)b) fixe le délai à quinze jours lorsque la mesure attaquée a été rendue au Canada, et à soixante jours lorsqu’elle a été rendue à l’extérieur du Canada, ce qui est le cas de la plupart des refus de permis de travail. Ce délai court à partir de la date où le demandeur est avisé de la décision ou en a eu connaissance, et un juge peut le proroger pour motifs valables selon l’alinéa 72(2)c).
La Cour ne remplace pas la décision de l’agent. Elle vérifie si la décision est raisonnable et, si elle ne l’est pas, elle l’annule et renvoie le dossier à un autre agent pour nouvelle décision. Une victoire en contrôle judiciaire ne donne donc pas le permis, elle donne un second examen.
Aucune de ces options n’est automatique, et la bonne stratégie dépend du motif réel du refus. Un refus fondé sur l’insuffisance de la preuve appelle une nouvelle demande, un refus fondé sur une preuve ignorée appelle un contrôle judiciaire, et une allégation de fausse déclaration appelle une réponse construite dans les délais impartis.
Jurisprudence importante

Les quatre décisions ci-dessous ont été vérifiées par lecture du dispositif. Deux confirment un refus, deux annulent une décision d’agent. Ensemble, elles tracent la frontière entre le refus que la Cour laisse intact et celui qu’elle casse.
Jassal c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2025 CF 701
Tribunal : Cour fédérale
Question juridique : le refus d’un permis de travail au motif que le demandeur est incapable d’exercer l’emploi visé, au titre de l’article 200(3)a) du RIPR, était-il raisonnable?
Principe : l’agent peut refuser lorsque l’expérience du demandeur ne correspond pas aux fonctions du code de la CNP inscrit sur l’EIMT, et il n’a pas à faire concorder la demande avec un code différent. Les motifs des agents des visas peuvent être brefs sans être déraisonnables.
Résultat : demande de contrôle judiciaire rejetée, en faveur du ministre. Le refus est maintenu.
Paragraphes pertinents : par. 23, 28 à 35.
Application pratique : le demandeur avait douze ans d’expérience en assurance qualité dans la fabrication alimentaire et visait un poste de gérant de restaurant. La Cour a jugé qu’il n’avait pratiquement aucune expérience rattachée au code visé. La leçon est nette : l’alignement sur le code de la CNP se prépare avant le dépôt, parce qu’aucun recours ne le rattrape après.
Soni c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2020 CF 813
Tribunal : Cour fédérale
Question juridique : le refus d’un permis de travail fondé sur des incohérences entre une demande de visa antérieure et la demande de permis était-il raisonnable?
Principe : les écarts entre les déclarations faites dans des demandes successives à IRCC fondent légitimement un doute, et il revient au demandeur de convaincre l’agent, pas à l’agent de reconstituer une version cohérente.
Résultat : demande de contrôle judiciaire rejetée, en faveur du ministre. Le refus est maintenu.
Paragraphes pertinents : par. 2, 7 à 12.
Application pratique : la demanderesse était entrée au Canada en déclarant un but de visite sans mentionner son offre d’emploi ni l’EIMT obtenue par son employeur, et sa demande de visa antérieure la décrivait comme sans instruction et sans emploi alors qu’elle était diplômée et commis-comptable. Avant toute nouvelle demande, il faut relire ce qui a déjà été déclaré à IRCC.
Gor c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2026 FC 872
Tribunal : Cour fédérale
Question juridique : un agent peut-il conclure à l’insuffisance des fonds sans mentionner ni examiner les preuves financières qui pointent vers une conclusion contraire?
Principe : l’agent qui omet d’examiner une preuve pertinente qui contredit sa conclusion rend une décision ni justifiée ni transparente. Un affidavit constitue en soi une preuve. Lorsque les conclusions sur le départ à l’échéance et sur l’objet du séjour reposent sur la question des fonds, elles tombent avec elle.
Résultat : demande de contrôle judiciaire accueillie, en faveur du demandeur. Décision annulée et dossier renvoyé à un autre agent.
Paragraphes pertinents : par. 9 à 14.
Application pratique : l’agent avait écarté un rapport d’évaluation financière parce qu’un autre nom y figurait, sans voir que celui du demandeur y figurait aussi et que l’autre nom était celui du gestionnaire de compte. Quand une preuve financière est écartée pour un motif factuellement faux, le contrôle judiciaire devient la bonne voie.
Singh c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2026 FC 544
Tribunal : Cour fédérale
Question juridique : le refus d’un permis de travail ouvert pour conjoint, fondé sur l’insuffisance de la preuve de l’emploi du conjoint au Canada, était-il raisonnable alors que le dossier contenait cette preuve?
Principe : une décision qui ignore une preuve convaincante au dossier n’est ni justifiée ni intelligible. Les lignes directrices administratives d’IRCC guident l’exercice du pouvoir discrétionnaire, mais elles ne peuvent pas ajouter aux exigences de la loi et du règlement : la liste de documents qu’elles proposent n’est ni obligatoire ni exhaustive.
Résultat : demande de contrôle judiciaire accueillie, en faveur du demandeur. Décision annulée.
Paragraphes pertinents : par. 3, 7, 8.
Application pratique : le dossier contenait le permis de travail du conjoint, l’EIMT de son employeur, une lettre de vérification d’emploi et une déclaration sous serment. Si un refus vous reproche l’absence d’un document que vous avez pourtant fourni, la décision est contestable, et le fait qu’un document précis ne figure pas dans les lignes directrices ne le rend pas obligatoire.
Ce que les tribunaux examinent
La Cour fédérale contrôle la décision de l’agent selon la norme de la décision raisonnable établie par l’arrêt Vavilov de la Cour suprême du Canada. Elle vérifie que la décision présente les caractéristiques de la justification, de la transparence et de l’intelligibilité, au regard des contraintes factuelles et juridiques applicables.
Quatre points reviennent dans les dossiers de permis de travail.
- Le traitement des preuves importantes. L’agent n’a pas à mentionner chaque document, mais il doit se confronter à celui qui contredit directement sa conclusion. C’est ce qui a emporté l’annulation dans Gor et dans Singh.
- L’ampleur des motifs attendus. Dans le contexte des demandes de résidence temporaire, les exigences de motivation se situent à l’extrémité inférieure du continuum. Des motifs courts ne sont pas pour autant déraisonnables, comme le rappelle Jassal.
- La portée de l’équité procédurale. Le degré d’équité dû au demandeur d’un permis est peu élevé. L’agent doit demander des éclaircissements s’il doute de la véracité ou de l’authenticité d’un renseignement, mais pas lorsque la preuve est simplement insuffisante.
- La limite du réexamen de la preuve. Sauf circonstances exceptionnelles, la Cour ne réapprécie pas la preuve. Un désaccord avec le poids donné à un document ne suffit jamais à faire annuler une décision.
Cette grille sert aussi à évaluer un refus avant d’engager des frais. Si les notes du SMGC montrent que l’agent a lu les pièces et expliqué son raisonnement, le contrôle judiciaire a peu de chances. S’il a écarté une pièce déterminante sans un mot, la situation est différente.
Exemple pratique
L’illustration ci-dessous reprend la trame de l’affaire Jassal, une décision publiée de la Cour fédérale rendue en 2025, plutôt qu’un dossier de client. Elle décrit la situation la plus fréquente en pratique, sans exposer aucun renseignement confidentiel.
La situation
Un employeur canadien du secteur de la restauration rapide obtient une EIMT favorable pour un poste de gérant de restaurant, sous un code de la CNP dont les fonctions principales consistent à planifier, organiser, diriger et évaluer les activités d’un établissement de restauration. Il présente une offre d’emploi à un candidat étranger, et cette offre prend effet dès l’approbation du permis de travail.
Le problème
Le candidat compte douze années d’expérience comme cadre en assurance de la qualité dans la fabrication de produits alimentaires en gros. Il a supervisé du personnel, mais en transformation alimentaire et en contrôle de la qualité, jamais dans un restaurant, un bar ou une cafétéria.
La règle applicable
L’article 200(3)a) du RIPR interdit la délivrance du permis lorsque l’agent a des motifs raisonnables de croire que l’étranger est incapable d’exercer l’emploi demandé. L’agent compare le parcours réel aux fonctions et aux conditions d’accès du code de la CNP retenu par l’employeur.
L’analyse
Le lien entre les deux univers est thématique, pas professionnel. L’alimentation est le point commun, mais le code visé décrit la gestion d’un établissement de service, pas le contrôle qualité en usine. L’expérience de supervision ne comble pas cet écart, parce qu’elle a été acquise dans un environnement que le code ne vise pas.
Les documents recommandés
- lettres d’employeurs décrivant les tâches dans les termes mêmes des fonctions principales du code visé;
- preuve des certifications exigées par les conditions d’accès à la profession;
- attestation des heures de supervision, avec le nombre de personnes supervisées et la nature de l’établissement;
- lettre d’explication qui met en regard, ligne par ligne, chaque fonction du code et la preuve qui l’appuie.
La stratégie retenue
Devant un écart de cette nature, la démarche utile se joue avant le dépôt. Soit le candidat documente une expérience réelle rattachée au code visé, soit l’employeur revoit le poste et le code de son EIMT pour qu’ils correspondent au profil qu’il recrute. Dans l’affaire publiée, la demande de contrôle judiciaire a été rejetée : la Cour a jugé que la tentative de faire concorder l’expérience avec ce code était vouée à l’échec. Cette issue vaut pour ce dossier et ne préjuge d’aucun autre.
Questions fréquentes
Comment faire pour avoir un permis de travail au Canada?
Il faut d’abord déterminer si votre situation exige une EIMT ou si une dispense s’applique. Sous le Programme des travailleurs étrangers temporaires, l’employeur obtient une EIMT favorable, puis vous déposez votre demande avec le numéro obtenu. Sous le Programme de mobilité internationale, l’employeur soumet une offre d’emploi au portail des employeurs. Vous remplissez ensuite le formulaire IMM 1295 depuis l’étranger, ou le IMM 5710 depuis le Canada.
Quel est le délai de traitement d’un permis de travail?
Le délai dépend du pays de résidence, du type de permis et du lieu de dépôt, et IRCC le met à jour en continu. Il faut le vérifier dans l’outil officiel des délais de traitement au moment de déposer. Le délai affiché est une estimation fondée sur les demandes déjà traitées, jamais un engagement, et il ne commence à courir que lorsque la demande est complète.
Comment puis-je obtenir un permis de travail ouvert au Canada?
Le permis de travail ouvert ne se demande pas librement : il faut relever d’une situation prévue. Les principales sont le permis de travail postdiplôme, le conjoint de certains travailleurs ou étudiants, le participant à Expérience internationale Canada, le demandeur d’asile dont la demande a été déférée à la SPR, le travailleur vulnérable et le demandeur de résidence permanente dans les cas prévus. La plupart des demandes se présentent depuis le Canada.
Est-ce qu’on peut travailler sans autorisation de travail?
Oui, mais seulement dans les cas énumérés à l’article 186 du RIPR. Cette disposition vise notamment le visiteur commercial au sens de l’article 187 et le représentant étranger accrédité. Son alinéa u) autorise aussi le titulaire d’un permis expiré à continuer de travailler aux mêmes conditions s’il a demandé le renouvellement avant l’échéance. Hors de ces cas, travailler sans autorisation peut entraîner une mesure de renvoi.
Quels sont les motifs de refus d’une autorisation de travail?
Les motifs les plus fréquents sont l’incapacité d’exercer l’emploi visé au titre de l’article 200(3)a) du RIPR, l’absence de conviction que le demandeur quittera le Canada au titre de l’article 200(1)b), les fonds insuffisants ou dont la provenance n’est pas établie, les incohérences entre les documents, et les doutes sur l’authenticité des pièces. Le motif réel figure dans les notes du Système mondial de gestion des cas, pas dans la lettre de refus.
Que se passe-t-il si mon permis de travail est refusé?
Le refus ne vous retire pas le statut que vous détenez déjà, mais il ne vous autorise pas à travailler. Si vous êtes au Canada et que votre statut expire, vous disposez de 90 jours pour demander le rétablissement, faute de quoi vous devez quitter le pays. Commencez par obtenir les notes du Système mondial de gestion des cas : elles contiennent le raisonnement réel de l’agent et déterminent la suite.
Quels sont les recours possibles contre un refus d’autorisation de travail?
Il n’existe aucun appel devant la CISR. Quatre voies restent ouvertes : une nouvelle demande corrigée, une demande de réexamen auprès d’IRCC, une réponse à une lettre d’équité procédurale lorsqu’il y en a une, et une demande de contrôle judiciaire en Cour fédérale. Le contrôle judiciaire exige une autorisation préalable et se dépose dans les quinze jours si la décision a été rendue au Canada, et dans les soixante jours si elle a été rendue à l’étranger.
Combien coûte un permis de travail au Canada?
Les frais de traitement sont de 155 $ par personne. Un permis de travail ouvert ajoute 100 $, remboursés en cas de refus, et la biométrie coûte 85 $ par personne ou 170 $ par famille. L’employeur paie en plus 1 000 $ pour une EIMT, ou 230 $ sous le PMI, sans pouvoir les récupérer auprès du travailleur (IRCC et EDSC, vérifié le 2026-08-18).
Quels documents faut-il fournir pour une demande de permis de travail?
Le passeport valide pour toute la période demandée, le formulaire IMM 1295 ou IMM 5710, la lettre d’EIMT ou le numéro d’offre d’emploi, le contrat de travail signé, un curriculum vitæ aligné sur le code de la CNP visé, les lettres d’expérience, les diplômes et certifications, la preuve de fonds avec l’origine des sommes, et le CAQ pour un emploi au Québec sous le PTET. IRCC produit une liste personnalisée dans votre compte en ligne.
Quelle est la durée d’un permis de travail au Canada?
La durée suit celle de l’autorisation sous-jacente. Sous le PTET, elle correspond à la période couverte par l’EIMT. Au Québec, le traitement simplifié permet jusqu’à trois ans, ramenés à un an pour un poste à bas salaire. Le permis de travail postdiplôme va jusqu’à trois ans selon le niveau et la durée du programme d’études. Aucun permis ne peut dépasser la date d’expiration du passeport.
Comment renouveler son permis de travail au Canada?
Le renouvellement se demande avec le formulaire IMM 5710, depuis le Canada, et IRCC recommande de déposer au moins 30 jours avant l’expiration du statut. Si la demande est déposée avant l’échéance, l’article 186u) du RIPR vous autorise à continuer de travailler aux mêmes conditions jusqu’à la décision. Le permis de travail postdiplôme fait exception : il ne se renouvelle pas, sauf pour prolonger une durée qui avait été écourtée par l’expiration du passeport.
Peut-on changer d’employeur avec un permis de travail fermé?
Vous avez le droit de changer d’employeur, mais votre permis ne vous autorise à travailler que pour celui qui y est inscrit. Il faut donc demander un nouveau permis, et le nouvel employeur doit obtenir l’autorisation nécessaire. Une politique publique permet, sous conditions, de commencer le nouvel emploi avant la décision finale. Commencer sans cette autorisation constitue un travail non autorisé, avec un risque de mesure de renvoi.
Où se trouve le numéro du permis de travail canadien?
Le numéro figure sur le document de permis de travail délivré par IRCC, dans le coin supérieur, sous la forme d’une lettre suivie de chiffres. À ne pas confondre avec l’identificateur unique de client, que l’on trouve sur le permis d’études ou de travail sous la rubrique du pays de citoyenneté, et qui sert à identifier votre dossier auprès d’IRCC.
Quand consulter un consultant réglementé
Une consultation est particulièrement indiquée dans les situations suivantes :
- une demande de permis de travail a déjà été refusée;
- une lettre d’équité procédurale (LEP) a été reçue;
- une fausse déclaration est alléguée;
- le statut expire prochainement ou est déjà expiré depuis moins de 90 jours;
- l’expérience professionnelle ne recoupe qu’en partie le code de la CNP de l’EIMT;
- un changement d’employeur est envisagé sous un permis lié à un employeur donné;
- une demande de résidence permanente est en cours en parallèle;
- l’emploi est au Québec et la démarche exige un CAQ;
- il existe des antécédents criminels, médicaux ou un refus antérieur dans un autre pays.
Le passage du statut temporaire à la résidence permanente se prépare aussi en amont : les conditions du volet fédéral sont détaillées dans notre guide sur Entrée express et les travailleurs qualifiés.
Réservez une consultation avec un consultant réglementé. Consultation de 30 minutes : 150 $. Consultation urgente : 250 $. Taxes incluses.
Sources officielles
- IRCC, Permis de travail : demande de l’intérieur du Canada
- IRCC, Frais de demande de citoyenneté et d’immigration, liste des frais
- Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés (DORS/2002-227)
- Gouvernement du Québec, Embaucher un travailleur étranger temporaire
Date de vérification des sources : 2026-08-18
Cet article fournit des renseignements généraux. Il ne constitue pas un avis juridique personnalisé et ne remplace pas l’analyse complète d’une situation particulière. Les règles, formulaires, frais, critères d’admissibilité et instructions changent régulièrement. Chaque demande est évaluée selon les faits, les documents présentés et le droit applicable au moment de la décision.
Auteur et mise à jour
Ali Hisseine Ladoual, consultant réglementé en immigration canadienne (CRIC R731736), commissaire à l’assermentation (250834), membre du CCIC et de la CAPIC.
Ladoual Immigration Canada Inc.
8850 boul. Saint-Laurent, bureau 6, Montréal (QC) H2N 1M4
438-925-8632 • contact@ladoualimmigration.ca • ladoualimmigration.ca
Dernière mise à jour : 2026-08-18
Prochaine révision prévue : 2027-02-18
Journal des mises à jour
- 2026-08-18 : publication initiale. Frais IRCC, EDSC et Québec vérifiés, dispositions du RIPR à jour au 2026-06-17, quatre décisions de la Cour fédérale vérifiées par lecture du dispositif.