Résidence permanente Canada : voies d’accès, conditions, refus et recours

Rédigé par Ali Hisseine Ladoual, consultant réglementé en immigration canadienne (CRIC R731736), commissaire à l’assermentation. Dernière vérification : 2026-08-18. Temps de lecture : 28 min.

En bref

La résidence permanente au Canada est le statut qui permet de vivre, de travailler et d’étudier partout au pays sans limite de durée, sans permis de travail et sans permis d’études.

Il existe cinq grandes portes d’entrée : l’immigration économique fédérale, la sélection par le Québec, le regroupement familial, le statut de personne protégée, et la dispense pour considérations d’ordre humanitaire au titre de l’article 25 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR).

Les frais diffèrent fortement d’une porte à l’autre : 1 590 $ pour un travailleur qualifié fédéral ou sélectionné par le Québec, contre 660 $ pour une personne protégée, qui est dispensée des frais relatifs au droit de résidence permanente de 600 $ (barème IRCC, vérifié le 2026-08-18).

Le motif de refus le plus fréquent n’est pas l’échec au programme visé, mais l’interdiction de territoire : sécurité, criminalité, santé, ou fausse déclaration. L’article 21 de la LIPR le dit clairement pour la personne protégée : la reconnaissance du besoin de protection ne suffit pas si un motif d’interdiction de territoire est établi.

Un refus ou un délai anormal ne ferme pas le dossier : la Cour fédérale a ordonné à IRCC de décider dans les 90 jours sur une demande de personne protégée pendante depuis plus de quatre ans (décision Vadiati, Cour fédérale, 2024, reprise en détail plus bas).

Sommaire

Qu’est-ce que la résidence permanente au Canada

Les cinq cas de perte du statut de résident permanent prévus au paragraphe 46(1) de la LIPR, et le rappel qu'une carte de résident permanent expirée ne fait perdre aucun droit.
LIPR, paragraphe 46(1), vérifié le 2026-08-18.

La résidence permanente au Canada est le statut accordé à une personne étrangère qui obtient l’autorisation de s’établir au pays sans limite de durée, sans être citoyenne canadienne. Le résident permanent a le droit d’entrer au Canada et d’y séjourner, droit énoncé au paragraphe 27(1) de la LIPR.

Ce que le statut permet : vivre dans la province ou le territoire de son choix, travailler pour n’importe quel employeur sans permis de travail, étudier sans permis d’études, accéder à la plupart des services sociaux et à l’assurance maladie provinciale, et demander la citoyenneté canadienne une fois les conditions de présence remplies.

Ce que le statut ne permet pas : voter à une élection fédérale, provinciale ou municipale, se porter candidat à une élection, et occuper certains emplois qui exigent une cote de sécurité élevée (IRCC, page « Comprendre le statut de RP », vérifiée le 2026-08-18).

Le statut n’est pas conditionnel à la possession d’une carte valide. La carte de résident permanent est une preuve de statut, pas le statut lui-même. Elle est habituellement valide cinq ans, parfois un an seulement. Son expiration ne fait perdre aucun droit : IRCC l’écrit noir sur blanc, le statut se perd uniquement dans les cas énumérés au paragraphe 46(1) de la LIPR.

Le statut n’est pas non plus permanent au sens absolu du terme, malgré son nom. Il s’accompagne d’une obligation de résidence de 730 jours de présence effective au Canada sur toute période de cinq ans, prévue à l’article 28 de la LIPR. Il peut également se perdre par une mesure de renvoi qui prend effet, par un constat de perte de l’asile, ou par l’annulation de la décision qui avait accordé la protection.

L’autorité responsable est Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Pour une personne qui s’établit au Québec, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) intervient en amont, à l’étape de la sélection, en vertu de l’Accord Canada-Québec de 1991. Le Québec sélectionne, le Canada admet. Les deux étapes sont distinctes et ne se remplacent jamais l’une l’autre.

Qui est admissible à la résidence permanente

Les cinq voies vers la résidence permanente au Canada : immigration économique fédérale, sélection par le Québec, regroupement familial, personne protégée et considérations humanitaires, avec la condition commune de ne pas être interdit de territoire.
Les cinq catégories d'accès au statut, LIPR articles 12, 21 et 25, vérifiées le 2026-08-18.

La résidence permanente ne s’obtient pas en soi : elle s’obtient au titre d’une catégorie précise. La première question n’est donc pas « suis-je admissible à la résidence permanente », mais « quelle catégorie correspond à ma situation ».

Personnes qui disposent d’une voie d’accès

  • Les travailleurs qualifiés qui accumulent assez de points au titre d’un programme fédéral géré par Entrée express, le système fédéral de gestion des demandes de travailleurs qualifiés.
  • Les personnes sélectionnées par une province ou un territoire au titre du Programme des candidats des provinces, avec ou sans passage par Entrée express.
  • Les personnes sélectionnées par le Québec, titulaires d’un Certificat de sélection du Québec (CSQ), obtenu par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) ou un programme d’affaires. La déclaration d’intérêt se dépose dans Arrima, le portail de déclaration d’intérêt du Québec.
  • Les membres de la famille d’un citoyen canadien ou d’un résident permanent, par le parrainage familial, qui couvre l’époux, le conjoint de fait, les enfants et les parents.
  • Les personnes protégées, c’est-à-dire les personnes à qui la Section de la protection des réfugiés (SPR) ou la Section d’appel des réfugiés (SAR) a reconnu la qualité de réfugié au sens de la Convention ou celle de personne à protéger, à l’issue d’une demande d’asile présentée au Canada.
  • Les personnes dont la demande de protection a été accueillie par le ministre, c’est-à-dire celles qui ont obtenu une décision favorable à l’issue d’un examen des risques avant renvoi (ERAR).
  • Les personnes qui obtiennent une dispense pour considérations d’ordre humanitaire au titre de l’article 25 de la LIPR, lorsqu’aucune autre catégorie ne s’ouvre à elles.
  • Les titulaires d’un permis de séjour temporaire, après trois ou cinq ans de résidence ininterrompue au Canada selon le motif d’interdiction de territoire en cause.

Personnes généralement non admissibles

  • Les personnes interdites de territoire pour raison de sécurité, atteinte aux droits humains ou internationaux, grande criminalité, criminalité organisée ou motifs sanitaires. Ces motifs figurent aux articles 34, 35, 35.1, 36, 37 et 38 de la LIPR et bloquent la demande même quand le programme visé est par ailleurs satisfait.
  • Les personnes ayant fait une fausse déclaration : l’interdiction de territoire dure cinq ans à compter du refus, en application du paragraphe 40(2) de la LIPR.
  • Les étrangers désignés, dont l’arrivée au Canada a été déclarée irrégulière par le ministre de la Sécurité publique. Ils ne peuvent présenter aucune demande de résidence permanente pendant cinq ans au minimum, et jusqu’à six ans s’ils n’ont pas respecté les conditions imposées par l’Agence des services frontaliers du Canada (guide IMM 5205, vérifié le 2026-08-18).
  • Les personnes visées au paragraphe 112(3) de la LIPR dont l’ERAR a été accueilli. Leur décision favorable ne confère pas l’asile : elle ne fait que surseoir à la mesure de renvoi pour le pays en cause, en vertu du paragraphe 114(1). Sans qualité de personne protégée, la porte du paragraphe 21(2) reste fermée.
  • Les personnes visées par une demande de constat de perte de l’asile pendante devant la SPR. Le paragraphe 21(3) de la LIPR leur interdit de devenir résidentes permanentes tant que cette demande n’est pas tranchée.

Être admissible ne garantit jamais l’approbation. Une catégorie ouvre un droit de demander, pas un droit d’obtenir. L’agent conserve dans tous les cas l’obligation de vérifier l’absence d’interdiction de territoire, et cette vérification est celle qui fait échouer le plus de dossiers solides sur le fond.

Conditions d’admissibilité, voie par voie

Chaque voie d’accès pose ses propres conditions, mais deux conditions sont communes à toutes les demandes de résidence permanente : l’absence d’interdiction de territoire et la conformité de la demande aux règlements. Les conditions propres à chaque voie s’ajoutent, elles ne les remplacent pas.

Condition commune : ne pas être interdit de territoire

La règle. Le paragraphe 21(1) de la LIPR pose que devient résident permanent l’étranger dont l’agent constate qu’il a demandé ce statut, s’est déchargé des obligations prévues à l’alinéa 20(1)a) et au paragraphe 20(2) de la LIPR, et n’est pas interdit de territoire.

La preuve. Certificats de police de chaque pays où vous avez vécu six mois consécutifs ou plus depuis l’âge de 18 ans, examen médical d’immigration effectué par un médecin désigné, données biométriques, et déclaration complète des antécédents dans l’Annexe A (IMM 5669).

L’erreur fréquente. Omettre un séjour, une accusation retirée, un refus antérieur ou un service militaire. Une omission qui paraît anodine devient une contradiction quand l’agent croise vos formulaires avec les dossiers antérieurs, et cette contradiction se traite comme une fausse déclaration.

La conséquence. Le refus, et une interdiction de territoire de cinq ans en cas de fausse déclaration retenue, au titre du paragraphe 40(2) de la LIPR.

Personne protégée : la condition du paragraphe 21(2)

La règle. Le paragraphe 21(2) de la LIPR prévoit que devient résident permanent la personne à qui la qualité de réfugié au sens de la Convention ou celle de personne à protéger a été reconnue en dernier ressort par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR), ou celle dont la demande de protection a été accueillie par le ministre, si l’agent constate que la demande a été présentée conformément aux règlements et que la personne n’est pas interdite de territoire pour l’un des motifs des articles 34, 35 ou 35.1, du paragraphe 36(1) ou des articles 37 ou 38.

Ce que cette liste change. La liste des motifs bloquants du paragraphe 21(2) est plus courte que la liste générale des interdictions de territoire. La criminalité ordinaire du paragraphe 36(2), par exemple, n’y figure pas. Une personne protégée peut donc obtenir la résidence permanente malgré une condamnation qui bloquerait un demandeur ordinaire. La grande criminalité du paragraphe 36(1), elle, reste bloquante.

La preuve. La décision favorable de la SPR, de la SAR ou de l’agent d’ERAR, et le dossier complet de résidence permanente présenté au titre du guide IMM 5205.

L’erreur fréquente. Déposer la demande de résidence permanente avant l’expiration du délai de contrôle judiciaire. L’article 175 du Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés (RIPR) interdit à l’agent de conclure que les conditions du paragraphe 21(2) sont remplies tant que la décision fait l’objet d’un contrôle judiciaire ou que le délai pour en demander un n’est pas expiré.

La conséquence. Un dossier qui dort, sans refus formel, donc sans recours immédiat.

Décision favorable d’ERAR : distinguer les deux issues

La règle. Le paragraphe 114(1) de la LIPR pose deux issues à une demande de protection accueillie. Pour la plupart des demandeurs, la décision confère l’asile, donc la qualité de personne protégée, donc l’accès à la résidence permanente. Pour la personne visée au paragraphe 112(3) de la LIPR, c’est-à-dire notamment celle qui est interdite de territoire pour raison de sécurité, atteinte aux droits humains, grande criminalité ou criminalité organisée, la décision favorable ne fait que surseoir à la mesure de renvoi pour le pays en cause.

La preuve. Le libellé exact de la lettre de décision. Une décision qui confère l’asile s’accompagne du droit de demander la résidence permanente. Un sursis, non.

L’erreur fréquente. Lire « votre demande d’ERAR est accueillie » et en conclure que la résidence permanente suit automatiquement. Elle ne suit que dans le premier cas.

La conséquence. Dans le second cas, le sursis peut être révoqué par le ministre au titre du paragraphe 114(2) de la LIPR, et le statut reste précaire indéfiniment.

Sélection par le Québec : le CSQ avant la demande fédérale

La règle. En vertu de l’Accord Canada-Québec, le Québec sélectionne les immigrants économiques et les réfugiés réinstallés qui lui sont destinés, et le Canada demeure responsable de l’admission. Le paragraphe 175(3) du RIPR ajoute une règle propre aux personnes protégées : celle qui cherche à s’établir au Québec et à qui la CISR n’a pas reconnu la qualité de réfugié au sens de la Convention ne devient résidente permanente que sur preuve que les autorités québécoises estiment qu’elle répond aux critères de sélection de la province.

Ce que cela vise concrètement. Les personnes reconnues « personnes à protéger » au titre de l’article 97 de la LIPR et les personnes dont l’ERAR a été accueilli, qui vivent au Québec. Pour elles, le CSQ n’est pas une formalité administrative parallèle : c’est une condition de la résidence permanente.

La preuve. Le CSQ délivré par le MIFI, valide 24 mois. Le Québec précise qu’un CSQ expiré demeure valide jusqu’à la décision d’IRCC si la demande de résidence permanente est déjà en traitement.

L’erreur fréquente. Attendre la fin d’une démarche pour commencer l’autre. Le gouvernement du Québec demande aux personnes reconnues réfugiées ou à protéger de présenter les deux demandes en même temps, dès la réception de l’avis de décision favorable.

La conséquence. Des mois perdus, et, dans l’intervalle, pas de CSQ, donc pas d’accès à l’assurance maladie de la Régie de l’assurance maladie du Québec.

Considérations humanitaires : une dispense, pas un programme

La règle. L’article 25 de la LIPR permet au ministre de dispenser une personne étrangère des exigences habituelles de la Loi lorsque des considérations d’ordre humanitaire le justifient, en tenant compte de l’intérêt supérieur de tout enfant directement touché.

La preuve. L’établissement au Canada, les liens familiaux, l’intérêt supérieur des enfants, la situation dans le pays d’origine, l’état de santé, et tout autre facteur pertinent, appuyés par des pièces datées et vérifiables.

L’erreur fréquente. Présenter la demande comme une seconde demande d’asile. La Cour suprême a rappelé que l’article 25 n’est pas censé constituer un régime d’immigration parallèle, rappel repris par la Cour d’appel fédérale dans la décision Bermudez de la Cour d’appel fédérale, au paragraphe 38.

La conséquence. Un refus motivé par l’absence de considérations propres à la situation personnelle, distinctes du risque déjà évalué.

Immigration économique fédérale : les points, puis la demande

La règle. Le classement dans le bassin d’Entrée express ne donne aucun droit. Seule l’invitation à présenter une demande ouvre le droit de déposer une demande de résidence permanente, et cette invitation est valide 60 jours.

La preuve. Résultats de test linguistique valides, évaluation des diplômes d’études, lettres d’emploi détaillant les fonctions et les heures, preuve de fonds quand elle est exigée.

L’erreur fréquente. Déclarer dans le profil une expérience de travail que les lettres d’emploi ne confirment pas au moment du dépôt.

La conséquence. Le refus pour points insuffisants après réévaluation, souvent accompagné d’une allégation de fausse déclaration.

Références juridiques applicables

Tableau des dispositions appliquées à une demande de résidence permanente : articles 21, 28, 46 et 114 de la LIPR, et article 175 du RIPR sur le contrôle judiciaire et la sélection québécoise.
Dispositions relevées dans les textes consolidés, vérifiées le 2026-08-18.

Ces dispositions sont celles qu’un agent applique réellement à un dossier de résidence permanente. Chacune a été vérifiée dans le texte consolidé de la LIPR et du RIPR le 2026-08-18.

RéférenceSujetCe que cela signifie en pratique
LIPR, art. 21(1)Octroi du statut, cas généralL’agent constate trois choses : la demande a été faite, les obligations de contrôle sont remplies, la personne n’est pas interdite de territoire. Aucune des trois ne se présume.
LIPR, art. 21(2)Personne protégéeOuvre le droit à la résidence permanente pour la personne reconnue protégée, sauf interdiction de territoire pour les motifs des art. 34, 35, 35.1, 36(1), 37 ou 38, et sauf personne visée au par. 112(3).
LIPR, art. 21(3)Perte de l’asile pendanteTant qu’une demande de constat de perte de l’asile est devant la SPR, la personne ne peut pas devenir résidente permanente. Le dossier est gelé, pas refusé.
LIPR, art. 25Considérations humanitairesPermet de lever une exigence de la Loi, y compris l’obligation de demander depuis l’étranger, quand la situation le justifie.
LIPR, art. 27(1)Droit du résident permanentDroit d’entrer au Canada et d’y séjourner. Ce droit ne disparaît pas avec la carte.
LIPR, art. 28Obligation de résidence730 jours de présence effective par période quinquennale. Certaines périodes hors du Canada comptent.
LIPR, art. 46(1)Perte du statutCinq cas seulement : citoyenneté, constat de manquement confirmé hors du Canada, mesure de renvoi qui prend effet, perte ou annulation de l’asile, renonciation acceptée.
LIPR, art. 114(1)Effet d’une décision de protection favorableConfère l’asile, sauf pour la personne visée au par. 112(3), pour qui la décision ne fait que surseoir au renvoi.
RIPR, art. 175(1)Contrôle judiciaire en coursL’agent ne peut pas conclure que les conditions du par. 21(2) sont remplies tant qu’un contrôle judiciaire est en cours ou que le délai pour en demander un court encore.
RIPR, art. 175(3)Personne protégée au QuébecLa personne protégée non reconnue réfugiée au sens de la Convention ne devient résidente permanente au Québec que sur preuve qu’elle répond aux critères de sélection de la province.
RIPR, art. 233Sursis pendant une demande humanitaireQuand le ministre estime que des considérations humanitaires le justifient, il est sursis à la mesure de renvoi jusqu’à la décision sur la demande de résidence permanente.
Accord Canada-Québec (1991)Partage des rôlesLe Québec sélectionne les immigrants économiques qui lui sont destinés et fixe leur nombre. Le Canada admet, applique les critères de criminalité, de sécurité et de santé, et sélectionne le regroupement familial et les personnes protégées.

Que prévoit l’article 21 de la LIPR?

L’article 21 de la LIPR est la porte d’entrée du statut. Son paragraphe 1 pose la règle générale : l’agent constate que la personne a demandé le statut, s’est soumise aux contrôles et n’est pas interdite de territoire. Son paragraphe 2 crée une voie distincte pour la personne protégée, avec une liste de motifs bloquants plus courte. Son paragraphe 3 gèle le dossier tant qu’une demande de constat de perte de l’asile est pendante.

Que prévoit l’article 28 de la LIPR?

L’article 28 de la LIPR impose au résident permanent d’être effectivement présent au Canada pendant au moins 730 jours sur toute période de cinq ans. Ces 730 jours n’ont pas à être consécutifs. Comptent aussi, selon les cas prévus par la Loi, les jours passés hors du Canada à accompagner un époux ou conjoint de fait citoyen canadien, à accompagner un parent citoyen lorsqu’on est enfant, ou à travailler à temps plein pour une entreprise canadienne ou pour une administration publique fédérale ou provinciale.

Comment l’article 175 du RIPR s’applique-t-il en pratique?

Une personne obtient l’asile devant la SPR, dépose sa demande de résidence permanente la semaine suivante, puis n’a plus de nouvelles pendant des mois. Le paragraphe 175(1) du RIPR explique souvent ce silence : tant que le délai de contrôle judiciaire de la décision d’asile n’est pas expiré, ou tant qu’un contrôle est pendant, l’agent n’a pas le pouvoir de constater que les conditions du paragraphe 21(2) sont remplies. Le dossier existe, il est recevable, mais il ne peut pas être finalisé. Connaître ce mécanisme évite de conclure trop vite à un retard fautif.

Documents à fournir

La liste exacte dépend de la catégorie, mais l’ossature du dossier est la même partout. Les numéros de formulaire ci-dessous ont été relevés sur canada.ca le 2026-08-18. Téléchargez toujours la version courante : IRCC met les formulaires à jour et renvoie sans traitement une demande présentée sur une version périmée.

Formulaires communs à presque toutes les demandes

  • IMM 0008, formulaire générique de demande de résidence permanente pour le Canada. C’est le formulaire pivot, à valider avant impression pour que le code à barres se génère.
  • IMM 5669, Annexe A, antécédents et déclaration. Obligatoire pour chaque personne de 18 ans et plus incluse dans la demande.
  • IMM 5406, renseignements additionnels sur la famille. Il liste tous les membres de la famille immédiate, y compris ceux qui ne viennent pas au Canada.
  • IMM 5562, renseignements supplémentaires, vos voyages.
  • IMM 5476, recours aux services d’un représentant, si vous êtes représenté.
  • IMM 5409, déclaration officielle d’union de fait, pour un conjoint de fait.

Documents d’identité et de statut

  • Passeport en cours de validité, pages d’identité et toutes les pages portant un timbre ou un visa.
  • Certificat de naissance, et acte de mariage ou jugement de divorce s’il y a lieu.
  • Preuve du statut actuel au Canada : permis de travail, permis d’études, document du demandeur d’asile, ou décision de la CISR.
  • Photographies au format exigé par IRCC.

Documents propres à la voie choisie

  • Personne protégée : la décision favorable de la SPR, de la SAR ou de l’agent d’ERAR, et la liste de contrôle du guide IMM 5205.
  • Sélection québécoise : le CSQ de chaque personne incluse dans la demande.
  • Entrée express : résultats de test linguistique valides, évaluation des diplômes d’études effectuée par un organisme désigné, lettres d’emploi précisant le titre, les fonctions, les heures hebdomadaires et la rémunération.
  • Parrainage familial : engagement de parrainage, preuve de la relation, preuve du statut du répondant.
  • Considérations humanitaires : dossier d’établissement, pièces sur l’intérêt supérieur des enfants, preuve médicale s’il y a lieu.
  • Titulaire d’un permis de séjour temporaire : preuve de trois ou cinq ans de résidence ininterrompue au Canada, selon le motif d’interdiction de territoire (guide 5527).

Documents de contrôle

  • Certificats de police de chaque pays où vous avez vécu six mois consécutifs ou plus depuis l’âge de 18 ans.
  • Examen médical d’immigration effectué par un médecin désigné. Les résultats sont valides douze mois : si la demande n’est pas finalisée dans ce délai, un nouvel examen peut être exigé.
  • Données biométriques, pour toute personne de 14 à 79 ans, pour chaque demande de résidence permanente présentée.

Documents explicatifs

Une lettre d’explication accompagne utilement toute pièce qui pourrait surprendre : un trou dans le parcours professionnel, un changement de nom, un refus antérieur, une accusation retirée, un service militaire obligatoire. L’agent ne vous téléphonera pas pour comprendre. Ce que vous n’expliquez pas, il l’interprète.

Nommez chaque pièce par son nom officiel et chaque formulaire par son numéro. « Preuve de fonds » ne suffit pas : indiquez quels relevés, de quelle institution, sur quelle période, et au nom de qui.

Procédure de demande

Les six étapes d'une demande de résidence permanente au Canada, de la détermination de la catégorie exacte jusqu'à la conservation de la preuve de dépôt.
Guides de demande d'IRCC, vérifiés le 2026-08-18.

La procédure comporte six étapes. La cinquième est celle où la plupart des dossiers se jouent, la sixième est celle que presque tout le monde saute.

Étape 1 : déterminer la catégorie exacte

Avant tout formulaire, tranchez la catégorie. Une même personne peut parfois relever de deux voies, par exemple une personne protégée qui travaille au Canada depuis trois ans et se qualifierait aussi par l’expérience canadienne. Les frais, les délais, les conditions et les recours diffèrent. Une demande déposée dans la mauvaise catégorie n’est pas transférée d’office : elle est refusée.

Étape 2 : vérifier les conditions préalables propres à votre voie

Personne protégée : vérifiez que le délai de contrôle judiciaire de la décision d’asile est expiré, et que vous n’êtes pas visé par une demande de constat de perte de l’asile. Sélection québécoise : obtenez d’abord le CSQ. Entrée express : n’entamez rien avant l’invitation à présenter une demande. Parrainage : vérifiez l’admissibilité du répondant avant celle de la personne parrainée.

Étape 3 : réunir les documents et faire faire les examens

Rassemblez les formulaires, les certificats de police et les pièces d’appui avant de commencer la saisie. L’examen médical d’immigration peut être fait avant le dépôt dans certaines catégories, et après dans d’autres : le guide de votre catégorie le précise.

Étape 4 : remplir les formulaires et les valider

Remplissez l’IMM 0008 dans le lecteur de fichiers PDF exigé, puis validez le formulaire pour générer les codes à barres. Un formulaire non validé ou dont une page manque revient sans traitement. Vérifiez que les dates, les adresses et les emplois concordent d’un formulaire à l’autre, et avec vos demandes antérieures.

Étape 5 : déposer la demande dans le Portail de résidence permanente et payer les frais

La plupart des demandes de résidence permanente se déposent en ligne dans le Portail de résidence permanente d’IRCC. Un représentant autorisé dispose d’un accès distinct au même portail. Payez au minimum les frais de traitement au moment du dépôt. IRCC recommande de payer aussi les frais relatifs au droit de résidence permanente dès le dépôt afin d’éviter un retard en fin de traitement, sauf pour les catégories qui en sont dispensées.

Étape 6 : conserver la preuve de dépôt et suivre le dossier

Conservez le reçu de paiement, l’accusé de réception et une copie intégrale du dossier tel que déposé, dans l’état exact où il a été envoyé. C’est cette copie qui sert à répondre à une lettre d’équité procédurale deux ans plus tard, à démontrer un délai déraisonnable devant la Cour fédérale, ou à corriger une erreur de saisie d’IRCC. Signalez tout changement d’adresse, de situation familiale ou de statut pendant le traitement.

Délais, frais et droits pendant le traitement

Frais de demande de résidence permanente par voie : 1 590 $ pour un travailleur qualifié, 660 $ pour une personne protégée dispensée du droit de résidence permanente, 1 260 $ en considérations humanitaires.
Barème IRCC en vigueur depuis le 30 avril 2026, vérifié le 2026-08-18.

Les délais de traitement sont des estimations mouvantes, jamais un engagement. Les chiffres ci-dessous sont ceux publiés par les sources officielles à leur date de publication, pas les délais affichés aujourd’hui par l’outil d’IRCC. Consultez l’outil au moment de déposer.

Combien coûte une demande de résidence permanente?

Les frais liés à la résidence permanente ont augmenté le 30 avril 2026, comme le prévoit l’ajustement biennal du RIPR. Les montants ci-dessous proviennent du barème d’IRCC, vérifié le 2026-08-18.

CatégorieMontantSource et date
Frais relatifs au droit de résidence permanente600 $IRCC, vérifié le 2026-08-18
Travailleur qualifié fédéral, métiers spécialisés, travailleur qualifié sélectionné par le Québec : demande990 $ de traitement, 1 590 $ avec les frais relatifs au droit de résidence permanenteIRCC, vérifié le 2026-08-18
Ces mêmes catégories : enfant à charge270 $ par enfantIRCC, vérifié le 2026-08-18
Personne protégée : demande, par adulte660 $ de traitement, aucun frais relatif au droit de résidence permanenteIRCC, vérifié le 2026-08-18
Personne protégée : enfant à charge180 $ par enfantIRCC, vérifié le 2026-08-18
Considérations humanitaires ou politique d’intérêt public : demande660 $ de traitement, 1 260 $ avec les frais relatifs au droit de résidence permanenteIRCC, vérifié le 2026-08-18
Parrainage d’un époux, conjoint de fait ou partenaire conjugal660 $ parrainage et traitement, 1 260 $ avec les frais relatifs au droit de résidence permanente, 180 $ par enfantIRCC, vérifié le 2026-08-18
Titulaire d’un permis de séjour temporaire : demande390 $ de traitement, 990 $ avec les frais relatifs au droit de résidence permanenteIRCC, vérifié le 2026-08-18
Gens d’affaires, y compris entrepreneurs et investisseurs du Québec1 895 $ de traitement, 2 495 $ avec les frais relatifs au droit de résidence permanenteIRCC, vérifié le 2026-08-18
Biométrie85 $ par personne, 170 $ par famille de 2 personnes ou plusIRCC, vérifié le 2026-08-18
Carte de résident permanent50 $IRCC, vérifié le 2026-08-18
Résident temporaire protégéaucun frais de traitement, aucun frais relatif au droit de résidence permanenteIRCC, guide IMM 5205, vérifié le 2026-08-18

L’écart entre les voies est considérable. Une personne protégée seule paie 660 $ là où un travailleur qualifié paie 1 590 $, parce que l’exemption des frais relatifs au droit de résidence permanente est prévue pour elle. Une famille de deux adultes et deux enfants paie 1 680 $ en catégorie personne protégée, contre 3 720 $ en catégorie travailleur qualifié.

Quels sont les délais de traitement affichés?

Voici les délais relevés par IRCC au 30 septembre 2025 et communiqués au Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration, avec la norme de service applicable.

CatégorieDélai constaté au 30 septembre 2025Norme de service
Catégorie de l’expérience canadienne5,1 mois6 mois
Travailleurs qualifiés, volet fédéral5,1 mois6 mois
Travailleurs qualifiés sélectionnés par le Québec8,0 mois11 mois
Candidats d’une province, par Entrée express9,0 mois6 mois
Candidats d’une province, hors Entrée express14 mois11 mois
Époux, conjoints et enfants à l’étranger, hors Québec12,9 mois12 mois

Sur une période plus longue, IRCC indique que de juin 2025 à mai 2026, environ 79 % des demandeurs au titre du Programme des travailleurs qualifiés fédéral et de la catégorie de l’expérience canadienne ont reçu une décision dans les 6 mois de la norme de service, et environ 50 % en 4 mois ou moins (IRCC, données au 31 mai 2026).

Pour les personnes protégées, aucun délai officiel comparable n’est publié dans ces tableaux. Le repère chiffré le plus solide vient d’un dossier judiciaire : devant la Cour fédérale, en 2024, le ministre a affirmé que le délai moyen de traitement des demandes de résidence permanente fondées sur le statut de personne protégée était de 25 mois (décision Vadiati, Cour fédérale, 2024, par. 17).

Deux mesures en cours devraient peser sur ces délais. IRCC traite, dans le cadre d’une initiative ponctuelle, jusqu’à 115 000 demandes de résidence permanente additionnelles présentées par des personnes protégées et les personnes à leur charge au Canada, en 2026 et 2027. Le Plan des niveaux d’immigration 2026-2028 prévoit par ailleurs une mesure ciblée pour accélérer la transition vers la résidence permanente de jusqu’à 33 000 titulaires de permis de travail, sur les mêmes deux années.

Combien de places sont disponibles chaque année?

Le Plan des niveaux d’immigration 2026-2028 stabilise les admissions de résidents permanents à 380 000 par année de 2026 à 2028, dans une fourchette de 350 000 à 420 000. L’immigration économique atteint 64 % de l’ensemble des admissions en 2027 et en 2028. La cible d’admissions de résidents permanents d’expression française hors Québec est de 9 % en 2026, 9,5 % en 2027 et 10,5 % en 2028.

Ces cibles ne sont pas décoratives. Elles déterminent le nombre d’invitations envoyées dans le bassin d’Entrée express, la répartition des places entre les provinces, et donc, indirectement, les délais.

Peut-on travailler, étudier et rester au Canada pendant le traitement?

Le traitement d’une demande de résidence permanente ne crée par lui-même aucun statut. Vous devez conserver un statut temporaire valide pendant toute la durée du traitement : permis de travail, permis d’études, statut de visiteur, ou statut de demandeur d’asile ou de personne protégée selon le cas.

Une personne protégée dont la demande de résidence permanente est en traitement doit continuer à renouveler son permis de travail auprès d’IRCC tant que la résidence permanente n’est pas accordée. C’est le point que le gouvernement du Québec rappelle expressément aux personnes reconnues réfugiées ou à protéger qui vivent au Québec.

Une demande fondée sur des considérations d’ordre humanitaire produit un effet particulier : lorsque le ministre estime que des considérations humanitaires le justifient au titre du paragraphe 25(1) de la LIPR, l’article 233 du RIPR prévoit qu’il est sursis à la mesure de renvoi visant la personne et les membres de sa famille jusqu’à ce qu’il soit statué sur la demande de résidence permanente. Ce sursis ne découle pas du simple dépôt de la demande, mais de l’appréciation favorable du ministre.

Que reçoit-on à la fin?

Une demande approuvée au Canada se conclut par la confirmation de résidence permanente, versée sous forme électronique dans votre compte du Portail de résidence permanente. Ce document, ou sa version papier obtenue à un point d’entrée, sert à demander les services gouvernementaux en attendant la carte.

La première carte de résident permanent est envoyée automatiquement, sans demande de votre part, si vous transmettez à IRCC une adresse postale au Canada et votre photo dans les 180 jours suivant l’obtention du statut. Au delà de ce délai, il faut présenter une demande de carte au moyen du formulaire IMM 5444 et payer 50 $. La norme de service pour une nouvelle carte est de 60 jours suivant la confirmation du statut.

Particularités québécoises

Au Québec, la résidence permanente passe presque toujours par deux gouvernements et deux décisions successives. Le Québec sélectionne, le Canada admet. Une décision favorable du premier ne lie pas le second, et l’inverse est vrai aussi.

Ce que dit l’Accord Canada-Québec

L’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration et à l’admission temporaire des aubains est entré en vigueur en 1991. Le Québec y détient la responsabilité exclusive des critères de sélection et de la sélection des immigrants économiques qui lui sont destinés, ainsi que du nombre qu’il accueille. Il est aussi la seule province à disposer d’un pouvoir de sélection des réfugiés réinstallés.

Le Canada conserve les normes et objectifs nationaux, l’admission de tous les immigrants, y compris ceux à destination du Québec, et l’application des critères de criminalité, de sécurité et de santé. Le fédéral sélectionne par ailleurs le regroupement familial et les personnes protégées.

Le Canada s’engage à ne pas admettre au Québec un immigrant ou un réfugié qui ne satisfait pas aux critères de sélection du Québec, avec une exception : la personne reconnue réfugiée qui a présenté sa demande d’asile depuis le Canada et qui se trouve déjà au Québec.

Le CSQ pour une personne reconnue réfugiée ou à protéger au Québec

Le gouvernement du Québec demande à toute personne reconnue réfugiée ou personne à protéger au Canada qui habite au Québec d’effectuer deux démarches en même temps, dès la réception de l’avis de décision favorable de la CISR ou d’IRCC : une demande de sélection permanente auprès du MIFI, au moyen du formulaire A-0520-DF, et une demande de résidence permanente auprès d’IRCC.

Le CSQ est délivré par la poste si la demande de sélection est acceptée. Il est valide 24 mois. S’il expire alors qu’une demande de résidence permanente est en traitement, il demeure valide jusqu’à la décision d’IRCC.

Deux raisons distinctes justifient cette démarche. La première est pratique : le CSQ ouvre l’accès à certains services, dont l’assurance maladie de la Régie de l’assurance maladie du Québec. La seconde est juridique et vaut pour une partie seulement des personnes protégées. Le paragraphe 175(3) du RIPR fait de la sélection québécoise une condition de la résidence permanente pour la personne protégée à qui la CISR n’a pas reconnu la qualité de réfugié au sens de la Convention, c’est-à-dire notamment la personne à protéger au titre de l’article 97 de la LIPR et la personne dont l’ERAR a été accueilli.

Les programmes de sélection permanente du Québec

  • Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) : il a remplacé le Programme régulier des travailleurs qualifiés (PRTQ) le 29 novembre 2024. Le candidat invité dispose de 30 jours pour accepter l’invitation, puis de 60 jours pour soumettre sa demande, sauf dans le volet 3 sans preuve de reconnaissance des compétences, où le délai de dépôt est d’un an.
  • Programme de l’expérience québécoise (PEQ) : les demandes de sélection permanente sont reçues dans une fenêtre fixée par le ministre. Pour 2026, cette fenêtre court du 2 juillet au 31 octobre 2026.
  • Programme des personnes sélectionnées pour considérations humanitaires : il vise les personnes qui résident au Québec et vivent une situation particulière de détresse sans être reconnues réfugiées ni personnes protégées. Il suppose qu’IRCC ait d’abord approuvé en principe une demande fondée sur des considérations d’ordre humanitaire. IRCC transmet ensuite le dossier au MIFI, qui envoie l’invitation à présenter une demande de sélection permanente.
  • Regroupement familial : le Canada sélectionne, le Québec évalue les critères financiers de l’engagement du répondant.

Recours propres au Québec

Un rejet de demande de sélection permanente par le MIFI peut faire l’objet d’une demande de réexamen administratif auprès du Ministère, dans les programmes visés par cette procédure. Ce recours est distinct des recours fédéraux : il ne s’exerce pas devant IRCC ni devant la CISR, et le refus fédéral qui suivrait un refus de sélection appelle sa propre stratégie.

Le cabinet Ladoual Immigration Canada Inc. représente ses clients devant IRCC et devant la CISR. Les démarches de sélection permanente relevant du MIFI sont expliquées ici à titre informatif, pour permettre au lecteur de comprendre l’articulation des deux paliers.

Erreurs fréquentes des demandeurs

Ces erreurs sont celles qui reviennent le plus souvent dans les dossiers de résidence permanente. Aucune n’est théorique, et aucune ne figure sur le site d’IRCC.

  1. Déposer la demande de personne protégée trop tôt. Tant que le délai de contrôle judiciaire de la décision d’asile n’est pas expiré, l’agent ne peut pas finaliser le dossier au titre du paragraphe 21(2) de la LIPR. Le dossier n’est pas refusé, il attend, et le demandeur croit à un retard fautif.
  2. Laisser expirer le permis de travail pendant le traitement. Le dépôt d’une demande de résidence permanente ne prolonge aucun statut. Une personne qui perd son statut temporaire pendant l’attente se retrouve sans droit de travailler, parfois pendant des mois.
  3. Négliger le volet québécois. Une personne à protéger qui vit au Québec et ne demande pas de CSQ se heurte au paragraphe 175(3) du RIPR au moment où IRCC est prêt à trancher, et perd le temps qu’elle croyait gagner.
  4. Sous-déclarer les membres de la famille. L’IMM 5406 exige la liste de tous les membres de la famille immédiate, y compris ceux qui restent à l’étranger et ceux dont vous êtes séparé. Un membre de la famille non déclaré ne pourra jamais être parrainé ensuite, et l’omission alimente une allégation de fausse déclaration.
  5. Oublier le délai d’un an pour les membres de la famille à l’étranger. Les membres de la famille d’une personne protégée qui figurent dans la demande disposent d’un an à partir du jour où le demandeur obtient le statut de résident permanent pour présenter leur propre demande au bureau des visas. Passé ce délai, la voie du regroupement au titre de la demande initiale se ferme.
  6. Recycler une lettre d’explication générique. Un agent lit des centaines de dossiers. Une lettre qui ne cite ni date, ni pièce, ni fait propre au dossier ne pèse rien.
  7. Voyager avec le passeport du pays de persécution après avoir obtenu l’asile. C’est l’erreur la plus coûteuse du silo protection, et elle survient souvent après l’obtention de la résidence permanente. Elle ouvre la porte à une demande de constat de perte de l’asile, dont la conséquence est la perte du statut de résident permanent.
  8. Compter les jours de l’obligation de résidence de tête. L’article 28 de la LIPR se calcule au jour près sur cinq ans. Un journal de voyages tenu à jour, avec les cartes d’embarquement et les timbres de passeport, est le seul document qui tienne devant un agent ou devant la Section d’appel de l’immigration (SAI).
  9. Se fier à un renseignement trouvé sur un forum. Les frais ont changé le 30 avril 2026, le PRTQ a été remplacé par le PSTQ le 29 novembre 2024, la fenêtre du PEQ change chaque année. Un message écrit il y a dix-huit mois décrit un système qui n’existe plus.
  10. Redéposer une demande identique après un refus. Sans nouvelle preuve répondant au motif réel du refus, la seconde demande produit la même décision, et le second refus alourdit le dossier.

Motifs fréquents de refus

Ce que l’agent écrit dans sa décision diffère de ce que le demandeur croit avoir raté. Voici les motifs qui reviennent, du plus fréquent au moins fréquent.

  1. Interdiction de territoire pour fausse déclaration, au titre de l’article 40 de la LIPR.
  2. Interdiction de territoire pour criminalité ou grande criminalité, articles 36 et 37 de la LIPR.
  3. Interdiction de territoire pour raison de sécurité, article 34 de la LIPR.
  4. Interdiction de territoire pour motifs sanitaires, article 38 de la LIPR, notamment le fardeau excessif pour les services de santé ou sociaux.
  5. Demande incomplète, formulaire non validé, pièce manquante ou frais insuffisants.
  6. Conditions du programme non remplies : points insuffisants, expérience de travail non établie, CSQ absent ou non valide.
  7. Absence de réponse satisfaisante à une lettre d’équité procédurale (LEP).
  8. Relation non authentique dans un dossier de parrainage.
  9. Considérations humanitaires jugées insuffisantes pour justifier une dispense.
  10. Perte de la qualité de personne protégée en cours de traitement.

Fausse déclaration

Pourquoi l’agent refuse. L’agent croise vos formulaires actuels avec toutes vos demandes antérieures, les données de l’Agence des services frontaliers du Canada et les renseignements des partenaires étrangers. Une date d’emploi qui change, un séjour omis, un refus de visa non déclaré : chaque écart devient une déclaration inexacte sur un fait important.

La preuve qui manquait. Une lettre d’explication déposée en même temps que la demande, qui reconnaît l’écart, en donne la raison et fournit la pièce corroborante. Ce qui est expliqué d’avance n’est pas dissimulé.

Comment réduire le risque. Relisez systématiquement vos anciennes demandes avant de remplir les nouvelles, et faites concorder les dates. Si vous n’avez plus vos anciens formulaires, demandez votre dossier par une demande d’accès à l’information et de protection des renseignements personnels (AIPRP) avant de déposer.

Interdiction de territoire pour raison de sécurité

Pourquoi l’agent refuse. L’alinéa 34(1)f) de la LIPR vise l’appartenance à une organisation dont il y a des motifs raisonnables de croire qu’elle se livre ou s’est livrée à des actes de terrorisme, d’espionnage ou de subversion. Il n’exige aucune participation personnelle à un acte précis, et il n’exige pas que l’organisation ait été inscrite comme entité terroriste à l’époque des faits.

La preuve qui manquait. Un récit détaillé de la nature exacte du lien avec l’organisation, de sa durée, de son caractère volontaire ou contraint, et de la fonction réellement exercée. Un service militaire obligatoire n’a pas la même portée qu’un engagement volontaire, mais encore faut-il le démontrer.

Comment réduire le risque. Déclarez le lien dès la première demande, avec le formulaire « Détails sur le service militaire » quand il s’applique, et documentez la conscription. Une déclaration complète dès le départ prive l’agent de l’argument de la dissimulation, et elle a un second effet : elle rend plus difficile de justifier ensuite un délai de traitement de plusieurs années par la nouveauté de l’information.

Réponse insuffisante à une lettre d’équité procédurale

Pourquoi l’agent refuse. La lettre d’équité procédurale expose une préoccupation précise et donne un délai pour y répondre. Une réponse qui plaide la bonne foi sans produire de pièce laisse la préoccupation intacte, et l’agent refuse sur le fondement du dossier tel qu’il est.

La preuve qui manquait. Une réponse structurée qui reprend chaque préoccupation dans l’ordre, y répond par une pièce datée, et n’ajoute rien d’autre.

Comment réduire le risque. Traitez la lettre d’équité procédurale comme la dernière occasion d’agir avant le refus, parce que c’en est une. Le délai indiqué est court et il ne se prolonge pas de plein droit.

Conditions du programme non remplies

Pourquoi l’agent refuse. Les points déclarés au profil ne se retrouvent pas dans les pièces déposées : lettre d’emploi qui ne précise pas les heures, diplôme non évalué, test linguistique expiré entre l’invitation et le dépôt.

La preuve qui manquait. Des lettres d’emploi conformes, indiquant le titre du poste, les fonctions, les heures par semaine, la période exacte et la rémunération, signées par une personne identifiable.

Comment réduire le risque. Réunissez les pièces avant de créer le profil, pas après l’invitation. Les 60 jours de validité de l’invitation ne suffisent pas à obtenir une lettre d’un ancien employeur à l’étranger.

Que faire après un refus de résidence permanente

Les six recours après un refus de résidence permanente : notes de l'agent, réexamen, lettre d'équité procédurale, contrôle judiciaire, mandamus et appel à la SAI.
LIPR et jurisprudence de la Cour fédérale, vérifiées le 2026-08-18.

Un refus de résidence permanente ouvre plusieurs voies, mais elles ne sont pas interchangeables et elles ne courent pas toutes le même délai. La première chose à établir n’est pas la voie, c’est le motif réel du refus.

Obtenir les notes de l’agent

Les motifs détaillés d’un refus figurent dans les notes versées au Système mondial de gestion des cas. Elles s’obtiennent par une demande d’accès à l’information et de protection des renseignements personnels (AIPRP). Sans ces notes, toute stratégie repose sur une hypothèse. Cette demande se fait sans frais et elle est la première étape de tout dossier de refus sérieux.

Demander un réexamen

Le réexamen est une demande adressée au bureau qui a rendu la décision, pour lui signaler une erreur manifeste : une pièce reçue mais non examinée, un calcul erroné, une identité confondue. Il n’existe aucun droit au réexamen et aucun délai légal. Il fonctionne quand l’erreur est objective et démontrable, rarement autrement.

Répondre à une lettre d’équité procédurale

Si le refus n’est pas encore rendu et qu’une lettre d’équité procédurale vient d’arriver, ce n’est pas un refus : c’est une fenêtre. Répondez dans le délai indiqué, point par point, avec des pièces. Une réponse déposée hors délai ne sera pas examinée.

Déposer une demande de contrôle judiciaire à la Cour fédérale

Le contrôle judiciaire ne rejuge pas le dossier : il vérifie que la décision est raisonnable et que la procédure a été équitable. Les délais sont courts, 15 jours pour une décision rendue au Canada et 60 jours pour une décision rendue à l’étranger, à compter de la communication de la décision. Une demande accueillie ne donne pas la résidence permanente : elle renvoie le dossier à un autre décideur.

Demander une ordonnance de mandamus quand rien ne bouge

Le mandamus vise le cas inverse du refus : l’absence de décision. La Cour fédérale peut ordonner à IRCC de trancher, selon les conditions de l’arrêt Apotex et le critère à trois volets énoncé dans la décision Conille : le délai doit être plus long, à première vue, que ce que la nature du processus exige, ni le demandeur ni son conseil ne doivent en être responsables, et l’autorité ne doit pas l’avoir justifié de façon satisfaisante. Ce critère est repris dans la décision Hersy de la Cour fédérale, au paragraphe 27.

Interjeter appel devant la Section d’appel de l’immigration

La SAI entend notamment les appels du répondant en matière de parrainage familial et les appels relatifs à l’obligation de résidence. Elle peut prendre des mesures spéciales pour des motifs d’ordre humanitaire, en tenant compte de l’intérêt supérieur de l’enfant directement touché. Une décision défavorable de la SAI dans un appel relatif à l’obligation de résidence entraîne la perte du statut de résident permanent, et le recours suivant est le contrôle judiciaire à la Cour fédérale.

Présenter une nouvelle demande

Une nouvelle demande n’a de sens que si elle répond au motif réel du refus par une preuve nouvelle. Redéposer le même dossier avec une lettre plus longue produit le même résultat, et le second refus rend le troisième plus difficile.

Aucune de ces options n’est automatique. La stratégie dépend du motif réel du refus, pas du motif supposé, et du temps qui reste avant l’expiration des délais de recours. C’est précisément l’analyse qui justifie une consultation avant d’agir.

Jurisprudence importante

Cinq décisions structurent la pratique de la résidence permanente. Chacune a été vérifiée par lecture du dispositif. Deux d’entre elles sont défavorables au demandeur : elles figurent ici parce qu’elles montrent où s’arrête le recours.

Vadiati c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2024 CF 1056

Tribunal : Cour fédérale

Question juridique : Le délai de traitement d’une demande de résidence permanente présentée par une personne protégée peut-il justifier une ordonnance de mandamus?

Principe : Un délai de plus du double du délai moyen invoqué par le ministre, sans justification satisfaisante et sans faute du demandeur, est déraisonnable. Une enquête de sécurité en cours ne justifie pas à elle seule le délai, puisque le motif d’interdiction de territoire de l’alinéa 34(1)f) de la LIPR s’applique aussi aux résidents permanents : accorder le statut n’empêche pas le ministre d’agir ensuite.

Résultat : Demande de contrôle judiciaire accueillie, en faveur du demandeur. La Cour a ordonné qu’une décision soit rendue dans les 90 jours.

Paragraphes pertinents : par. 14 à 22

Application pratique : Le ministre a affirmé devant la Cour que le délai moyen des demandes de résidence permanente fondées sur le statut de personne protégée était de 25 mois (par. 17). Ce chiffre donne un repère utile pour évaluer si une attente est anormale. La décision montre aussi qu’une divulgation complète et précoce du service militaire prive le ministre de l’argument de la nouveauté de l’information.

Hersy c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2024 CF 789

Tribunal : Cour fédérale

Question juridique : À partir de quand se calcule le délai, lorsque le dossier a été suspendu par des procédures d’annulation de l’asile et d’interdiction de territoire?

Principe : Le point de départ du calcul n’est pas la date de dépôt de la demande, mais la fin des procédures légitimes qui l’ont suspendue. Un délai attribuable en grande partie à la situation particulière du demandeur n’est pas déraisonnable, et la prépondérance des inconvénients doit aussi militer en faveur du redressement.

Résultat : Demande de contrôle judiciaire rejetée, sans dépens, en défaveur du demandeur.

Paragraphes pertinents : par. 27 à 41

Application pratique : Cette décision fixe les limites de la précédente. Une attente longue ne suffit pas : il faut établir que le retard n’est pas expliqué par des procédures régulières, et démontrer un préjudice concret. La Cour rappelle que le mandamus reste un recours extraordinaire.

Kanthasamy c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2015 CSC 61

Tribunal : Cour suprême du Canada

Question juridique : L’agent qui examine une demande de résidence permanente fondée sur des considérations d’ordre humanitaire doit-il appliquer les mots « inhabituelles et injustifiées ou démesurées » comme trois seuils distincts?

Principe : Non. Ces mots sont descriptifs et ne créent pas de nouveaux seuils en sus des considérations d’ordre humanitaire prévues au paragraphe 25(1) de la LIPR. L’agent doit véritablement examiner tous les faits et facteurs pertinents et leur accorder du poids, y compris l’intérêt supérieur de tout enfant directement touché.

Résultat : Pourvoi accueilli, en faveur du demandeur, les juges Moldaver et Wagner étant dissidents. La décision de l’agente a été jugée déraisonnable et le dossier a été renvoyé pour réexamen.

Paragraphes pertinents : par. 1 à 61

Application pratique : Un refus fondé sur des considérations humanitaires qui écarte chaque facteur pris isolément, sans jamais apprécier l’ensemble, devient contestable. La Cour précise aussi que l’agent peut tenir compte des faits présentés à l’appui d’une demande d’asile.

Canada (Citoyenneté et Immigration) c. Bermudez, 2016 CAF 131

Tribunal : Cour d’appel fédérale

Question juridique : L’agent d’audience de l’Agence des services frontaliers du Canada peut-il tenir compte de motifs d’ordre humanitaire avant de présenter une demande de constat de perte de l’asile à la SPR, lorsque la personne visée est devenue résidente permanente?

Principe : Non. Le rôle de l’agent d’audience est de vérifier si un motif du paragraphe 108(1) de la LIPR existe à première vue. L’article 25 de la LIPR n’est pas un régime d’immigration parallèle et ne s’ajoute pas par interprétation à chaque disposition de la Loi.

Résultat : Appel du ministre accueilli, sans frais, en défaveur de la personne protégée. La question certifiée a reçu une réponse négative.

Paragraphes pertinents : par. 24 à 25, 38 à 42, 55 et 56

Application pratique : La Cour rappelle au paragraphe 24 que depuis les modifications législatives de 2012, un constat de perte de l’asile prononcé par la SPR entraîne la perte du statut de résident permanent, en application de l’article 40.1 et de l’alinéa 46(1)c.1) de la LIPR. Un voyage dans le pays de persécution ou l’usage du passeport de ce pays peut donc coûter la résidence permanente, des années après son obtention, et aucune considération humanitaire n’est examinée à l’étape du déclenchement.

Mahmood c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2025 CF 1808

Tribunal : Cour fédérale

Question juridique : La SAI peut-elle tenir une audience relative à l’obligation de résidence sans le conseil du résident permanent, après avoir refusé un ajournement?

Principe : Non, dans les circonstances de l’espèce. Le refus d’ajournement était déraisonnable et le droit à une audience équitable a été violé, compte tenu de la gravité des conséquences, de la complexité réelle des questions de fait et de la capacité du demandeur de répondre à la preuve.

Résultat : Demande de contrôle judiciaire accueillie, en faveur du demandeur. La décision de la SAI a été annulée et l’affaire renvoyée pour nouvelle décision.

Paragraphes pertinents : par. 22 à 35

Application pratique : Le demandeur, résident permanent depuis 2002, avait un déficit d’environ 90 jours sur les 730 exigés. La question s’est déplacée en pleine audience vers sa crédibilité et vers un déficit possible de plus de 300 jours, à partir des antécédents de voyage consignés par le système fédéral. La leçon est double : une question de fait n’est pas une question simple, et la preuve de présence effective se construit avec des relevés bancaires, des cartes d’embarquement et des photographies datées, pas avec un timbre de passeport isolé.

Ce que les tribunaux examinent

Devant la Cour fédérale, l’analyse ne porte pas sur le fond du dossier mais sur la qualité de la décision et sur l’équité de la procédure. Voici les points réellement vérifiés dans les litiges de résidence permanente.

  • Le bon critère juridique a-t-il été appliqué? Dans une demande fondée sur des considérations humanitaires, appliquer les mots « inhabituelles et injustifiées ou démesurées » comme trois seuils distincts est une erreur, selon Kanthasamy.
  • La preuve importante a-t-elle été examinée? Écarter chaque facteur isolément sans jamais apprécier le tableau d’ensemble constitue un vice classique.
  • Le délai est-il justifié? Le critère à trois volets de la décision Conille s’applique : durée anormale à première vue, absence de faute du demandeur, absence de justification satisfaisante de l’autorité. Les conditions de l’arrêt Apotex encadrent par ailleurs l’ensemble du mandamus, y compris la prépondérance des inconvénients.
  • La procédure a-t-elle été équitable? Refuser un ajournement à une personne non représentée, dans une affaire aux conséquences graves, peut suffire à faire annuler la décision, comme dans Mahmood.
  • Le décideur est-il resté dans son champ de compétence? Ajouter à une disposition un pouvoir que le législateur n’y a pas mis est une erreur, même quand les conséquences pour la personne sont lourdes. C’est le sens de Bermudez.
  • Les motifs sont-ils justifiés, transparents et intelligibles? Une décision qui affirme sans expliquer ne résiste pas au contrôle.

Un dossier de refus se prépare donc à l’envers : on part du raisonnement que l’agent a écrit, on identifie lequel de ces points il a manqué, puis on choisit le recours. C’est l’inverse de la démarche instinctive, qui consiste à rassembler de nouvelles preuves avant d’avoir lu les motifs.

Exemple pratique

Deux décisions de refus reçues au cabinet, dans la même catégorie et pour le même motif, éclairent mieux la mécanique du refus que n’importe quelle explication générale. Les deux dossiers sont anonymisés : ni nom, ni date précise, ni employeur, ni établissement bancaire, ni numéro de dossier. Ce qui est repris ici, ce sont les motifs écrits par l’agent.

La situation

Dans les deux dossiers, une personne se trouvait au Canada, avait reçu une invitation à présenter une demande dans le bassin d’Entrée express, et avait déposé sa demande de résidence permanente dans la catégorie des travailleurs qualifiés du volet fédéral. Rien, dans le profil de départ, ne laissait présager un refus : les points étaient au rendez-vous et l’invitation avait été émise.

Dans le premier dossier, la demanderesse avait déclaré une année d’expérience à temps plein dans une profession d’ingénierie visée par la Classification nationale des professions, exercée à l’étranger avant son arrivée au Canada. Dans le second, la demanderesse avait déposé des relevés bancaires d’une banque de son pays d’origine pour établir ses fonds d’établissement.

Le problème

Dans le premier dossier, l’agent a constaté qu’aucun document délivré par une autorité publique n’attestait l’historique d’emploi déclaré, et que la rémunération invoquée avait transité par un service de microfinance plutôt que par un circuit salarial vérifiable. Puis il a fait ce que les demandeurs sous-estiment le plus : il a ouvert la demande de permis d’études déposée par la même personne quelques années plus tôt. Sur exactement la même période, cette demande antérieure ne mentionnait ni cet employeur ni ce poste, mais trois stages successifs chez trois entreprises différentes.

Dans le second dossier, l’agent a jugé les relevés bancaires non authentiques et a envoyé une lettre d’équité procédurale. La demanderesse a répondu dans le délai, en produisant de nouveaux relevés de la même banque. Sa réponse ne disait rien sur la seule question qui comptait : pourquoi un relevé frauduleux avait été déposé au départ.

La règle applicable

L’alinéa 40(1)a) de la LIPR emporte interdiction de territoire pour fausse déclaration lorsqu’une personne fait, directement ou indirectement, une présentation erronée sur un fait important quant à un objet pertinent, ou une réticence sur ce fait, ce qui entraîne ou risque d’entraîner une erreur dans l’application de la Loi. L’alinéa 40(2)a) fixe la durée de l’interdiction à cinq ans.

L’article 11.2 de la LIPR ajoute une règle propre à Entrée express : le visa ne peut pas être délivré si, au moment de l’invitation ou de la réception de la demande, la personne n’avait pas les attributs sur la base desquels elle a été classée et invitée. C’est la disposition qui relie la fausse déclaration au refus, sans qu’il soit nécessaire de démontrer une intention de tromper.

Le paragraphe 76(1) du RIPR exige par ailleurs des fonds transférables, disponibles et non grevés de dettes, d’un montant fixé par référence au revenu vital minimum, sauf si la personne bénéficie d’un emploi réservé au Canada.

L’analyse

Ni l’un ni l’autre de ces refus ne porte sur la qualité du profil. Les deux portent sur l’authenticité d’une pièce, et c’est le point que la lecture des motifs rend évident.

Dans le premier dossier, l’agent a écrit que l’expérience de travail à l’étranger déclarée était précisément ce qui avait permis l’invitation, et donc une partie importante des attributs ayant fondé le classement. La contradiction avec la demande de permis d’études antérieure a suffi : l’agent n’avait pas à prouver une intention, il lui suffisait de constater que deux déclarations de la même personne, sur la même période, étaient inconciliables. Le dossier comportait deux autres faiblesses, des fonds représentant moins du quart du montant exigé pour deux personnes et une relation de conjoint de fait insuffisamment documentée, mais c’est la fausse déclaration qui a emporté l’interdiction de cinq ans.

Dans le second dossier, la lettre d’équité procédurale était la dernière occasion de sauver le dossier, et elle a été traitée comme une demande de documents supplémentaires. Produire de nouveaux relevés authentiques ne répond pas à la préoccupation de l’agent : elle la confirme. La question posée était l’origine du premier relevé, pas la valeur du second.

Les documents recommandés

Pour établir une expérience de travail à l’étranger : lettre d’emploi signée par une personne identifiable indiquant le titre du poste, les fonctions réelles, les heures par semaine, la période exacte et la rémunération, contrat de travail, relevés de cotisations sociales ou attestation d’une autorité publique, bulletins de paie, et preuves de versement du salaire sur un compte au nom de la personne.

Pour établir les fonds : lettres officielles de l’institution financière portant coordonnées vérifiables, historique de compte sur six mois, et explication écrite de l’origine de tout dépôt important.

Dans les deux cas, une pièce s’ajoute et personne n’y pense : une copie de vos demandes antérieures. Si vous ne les avez plus, la demande d’accès à l’information et de protection des renseignements personnels permet de les obtenir avant de déposer, et de faire concorder les dates.

La stratégie retenue

Devant une lettre d’équité procédurale portant sur l’authenticité d’une pièce, la réponse traite d’abord la question posée, dans les termes où elle est posée, puis produit la preuve. Une réponse qui remplace la pièce contestée sans expliquer son origine laisse la préoccupation entière.

Devant un refus déjà rendu avec interdiction de cinq ans, la première démarche reste l’obtention des notes de l’agent par une demande d’accès à l’information et de protection des renseignements personnels, puisque la lettre de refus ne dit jamais tout ce qui a été comparé. Vient ensuite le choix entre le contrôle judiciaire, soumis à un délai de 15 jours pour une décision rendue au Canada, et une stratégie de plus long terme tenant compte de l’interdiction. Ces deux dossiers illustrent surtout ce qui se joue avant : une pièce contestable déposée en connaissance de cause coûte cinq ans, et aucune démarche ultérieure ne rend ces cinq ans.

Questions fréquentes

Comment obtenir la résidence permanente au Canada?

La résidence permanente s’obtient au titre d’une catégorie précise, jamais en général. Cinq grandes voies existent : l’immigration économique fédérale par Entrée express, la sélection par une province ou par le Québec, le regroupement familial, le statut de personne protégée, et la dispense pour considérations d’ordre humanitaire au titre de l’article 25 de la LIPR. La première étape consiste à déterminer laquelle correspond à votre situation, parce que les frais, les délais, les conditions et les recours en dépendent.

Quelles sont les conditions pour obtenir la résidence permanente au Canada?

Deux conditions valent pour toutes les demandes : présenter une demande conforme aux règlements et ne pas être interdit de territoire pour raison de sécurité, criminalité, santé, fausse déclaration ou autre motif de la LIPR. À cela s’ajoutent les conditions propres à la catégorie : points suffisants en immigration économique, CSQ valide pour le Québec, décision de protection en dernier ressort pour une personne protégée, ou lien familial établi en parrainage.

Quel est le délai de traitement d’une demande de résidence permanente au Canada?

Au 30 septembre 2025, IRCC constatait 5,1 mois pour la catégorie de l’expérience canadienne et pour les travailleurs qualifiés fédéraux, 8,0 mois pour les travailleurs qualifiés sélectionnés par le Québec, 9,0 mois pour les candidats des provinces par Entrée express et 12,9 mois pour un époux à l’étranger hors Québec. Ces chiffres sont des estimations datées, pas un engagement. Consultez l’outil de délais d’IRCC au moment de déposer.

Combien coûte la résidence permanente au Canada?

Depuis le 30 avril 2026, un travailleur qualifié fédéral ou sélectionné par le Québec paie 1 590 $, soit 990 $ de traitement et 600 $ de frais relatifs au droit de résidence permanente, plus 270 $ par enfant à charge. Une personne protégée paie 660 $ par adulte et 180 $ par enfant, et elle est dispensée des frais relatifs au droit de résidence permanente. La biométrie coûte 85 $ par personne (barème IRCC, vérifié le 2026-08-18).

Une personne protégée peut-elle demander la résidence permanente?

Oui. Le paragraphe 21(2) de la LIPR ouvre la résidence permanente à la personne à qui la CISR a reconnu en dernier ressort la qualité de réfugié au sens de la Convention ou celle de personne à protéger, ainsi qu’à celle dont la demande de protection a été accueillie par le ministre. Deux réserves : la personne visée au paragraphe 112(3) en est exclue, et une interdiction de territoire au titre des articles 34, 35, 35.1, 37 ou 38 bloque la demande.

Une décision favorable d’examen des risques avant renvoi ouvre-t-elle la résidence permanente?

Dans la plupart des cas, oui. Le paragraphe 114(1) de la LIPR prévoit que la décision accordant la demande de protection confère l’asile, donc la qualité de personne protégée, donc l’accès à la résidence permanente. Pour la personne visée au paragraphe 112(3) de la LIPR, la même décision favorable ne fait que surseoir à la mesure de renvoi pour le pays en cause. Lisez le libellé exact de la lettre de décision avant de conclure.

Quelles sont les conditions pour devenir résident permanent au Québec?

Au Québec, la sélection précède l’admission. Pour l’immigration économique, il faut d’abord un Certificat de sélection du Québec délivré par le MIFI au titre du PSTQ, du PEQ ou d’un programme d’affaires, puis une demande de résidence permanente à IRCC. Le CSQ est valide 24 mois. Pour une personne à protéger, le paragraphe 175(3) du RIPR fait de la sélection québécoise une condition de la résidence permanente.

Quels sont les motifs de refus de résidence permanente au Canada?

Les motifs les plus fréquents sont l’interdiction de territoire pour fausse déclaration au titre de l’article 40 de la LIPR, la criminalité et la grande criminalité aux articles 36 et 37, la sécurité à l’article 34, les motifs sanitaires à l’article 38, la demande incomplète ou mal validée, les conditions du programme non remplies, et une réponse insuffisante à une lettre d’équité procédurale.

Que faire après un refus de résidence permanente?

Commencez par obtenir les notes de l’agent par une demande d’accès à l’information et de protection des renseignements personnels : sans elles, toute stratégie repose sur une hypothèse. Selon le motif réel, les options sont le réexamen pour erreur manifeste, le contrôle judiciaire à la Cour fédérale dans les 15 jours au Canada ou 60 jours à l’étranger, l’appel à la SAI quand il est ouvert, ou une nouvelle demande appuyée sur une preuve nouvelle.

Combien de temps dure la résidence permanente au Canada?

Le statut n’a pas de date de fin, mais il s’accompagne d’une obligation de résidence : 730 jours de présence effective au Canada sur toute période de cinq ans, en application de l’article 28 de la LIPR. La carte de résident permanent, elle, est habituellement valide cinq ans, parfois un an. L’expiration de la carte ne fait pas perdre le statut : seuls les cas du paragraphe 46(1) de la LIPR l’emportent.

Peut-on travailler pendant le traitement d’une demande de résidence permanente?

Uniquement si vous détenez un statut qui vous y autorise. Le dépôt d’une demande de résidence permanente ne crée aucun statut et ne prolonge aucun permis. Une personne protégée dont la demande de résidence permanente est en traitement doit continuer à renouveler son permis de travail auprès d’IRCC jusqu’à l’obtention du statut.

Que prévoit l’article 21 de la LIPR?

Son paragraphe 1 pose la règle générale : devient résident permanent l’étranger dont l’agent constate qu’il a demandé ce statut, s’est déchargé des obligations de contrôle et n’est pas interdit de territoire. Son paragraphe 2 crée la voie propre aux personnes protégées, avec une liste de motifs bloquants plus courte. Son paragraphe 3 interdit de devenir résident permanent tant qu’une demande de constat de perte de l’asile est pendante devant la SPR.

Peut-on perdre la résidence permanente après l’avoir obtenue?

Oui, dans cinq cas prévus au paragraphe 46(1) de la LIPR : obtention de la citoyenneté, confirmation en dernier ressort d’un constat de manquement à l’obligation de résidence rendu hors du Canada, prise d’effet d’une mesure de renvoi, décision constatant la perte de l’asile ou annulant la décision de protection, et acceptation d’une renonciation. Pour une personne protégée, voyager avec le passeport du pays de persécution est le déclencheur le plus fréquent.

Quelles sont les nouvelles règles d’immigration au Canada pour 2026?

Le Plan des niveaux d’immigration 2026-2028 stabilise les admissions de résidents permanents à 380 000 par année de 2026 à 2028, avec une fourchette de 350 000 à 420 000, et porte l’immigration économique à 64 % des admissions en 2027 et 2028. Les frais liés à la résidence permanente ont augmenté le 30 avril 2026. IRCC traite par ailleurs jusqu’à 115 000 demandes additionnelles de personnes protégées au Canada en 2026 et 2027.

Le mariage donne-t-il droit à la résidence permanente au Canada?

Non. Le mariage avec un citoyen canadien ou un résident permanent ouvre la possibilité d’un parrainage, pas un droit au statut. Le répondant doit être admissible, la relation doit être authentique et ne pas viser principalement l’acquisition d’un statut, et la personne parrainée ne doit pas être interdite de territoire. Un refus pour relation non authentique figure parmi les motifs de refus les plus fréquents en catégorie du regroupement familial.

Quand consulter un consultant réglementé

Une consultation est particulièrement indiquée dans les situations suivantes :

  • une demande de résidence permanente a déjà été refusée;
  • une lettre d’équité procédurale (LEP) a été reçue;
  • une fausse déclaration est alléguée;
  • la demande est pendante depuis nettement plus longtemps que le délai affiché;
  • un service militaire, une accusation retirée ou une appartenance à une organisation doit être expliqué;
  • le statut temporaire expire avant la décision;
  • la catégorie applicable est incertaine, ou deux voies semblent possibles;
  • une demande de constat de perte de l’asile est envisagée ou a été déposée;
  • l’obligation de résidence de 730 jours n’est pas remplie;
  • un réexamen, un appel ou un contrôle judiciaire est envisagé.

Réservez une consultation avec un consultant réglementé. Consultation de 30 minutes : 150 $. Consultation urgente : 250 $. Taxes incluses.

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Sources officielles

Date de vérification des sources : 2026-08-18

Cet article fournit des renseignements généraux. Il ne constitue pas un avis juridique personnalisé et ne remplace pas l’analyse complète d’une situation particulière. Les règles, formulaires, frais, critères d’admissibilité et instructions changent régulièrement. Chaque demande est évaluée selon les faits, les documents présentés et le droit applicable au moment de la décision.

Auteur et mise à jour

Ali Hisseine Ladoual, consultant réglementé en immigration canadienne (CRIC R731736), commissaire à l’assermentation (250834), membre du CCIC et de la CAPIC.
Ladoual Immigration Canada Inc.
8850 boul. Saint-Laurent, bureau 6, Montréal (QC) H2N 1M4
438-925-8632 • contact@ladoualimmigration.ca • ladoualimmigration.ca

Dernière mise à jour : 2026-08-18
Prochaine révision prévue : 2027-02-18

Journal des mises à jour

  • 2026-08-18 : publication initiale, avec le barème de frais en vigueur depuis le 30 avril 2026, les délais relevés au 30 septembre 2025, le Plan des niveaux d’immigration 2026-2028 et cinq décisions vérifiées.